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Inongo : Les évêques catholiques alertent sur l’insécurité et la pauvreté galopante

« Ici, vivre est devenu une épreuve quotidienne. Chaque matin, on se demande si on va manger, si on sera en sécurité sur la route, si nos enfants auront un avenir. » Ces mots, recueillis auprès d’un habitant d’Inongo, résonnent comme un écho douloureux au constat amer dressé par les évêques catholiques ce mercredi. À la clôture de l’Assemblée épiscopale de la province ecclésiastique de Kinshasa, les prélats ont brossé un tableau sans concession d’une RDC plongée dans l’insécurité et la pauvreté, où l’Église elle-même n’est plus épargnée.

La déclaration finale, issue d’une semaine de travaux intenses dans la cité du lac Mai-Ndombe, ne mâche pas ses mots. Les évêques catholiques dénoncent « la pauvreté, l’insécurité généralisée, les attaques ciblées contre l’Église catholique, ses représentants et ses structures, ainsi que la montée vertigineuse des violences physiques et verbales ». Comment en est-on arrivé là ? La paupérisation galopante touche des millions de Congolais, mais c’est peut-être la banalisation de la violence qui inquiète le plus. À Kinshasa, comme à l’intérieur du pays, les agressions et les discours haineux semblent gangrener le tissu social.

Mais les évêques ne se sont pas arrêtés aux généralités. Ils ont énuméré, avec une précision clinique, les maux qui rongent le quotidien des populations de leur province ecclésiastique. « Les tracasseries fluviales et routières, la multiplication des barrières, des taxes inappropriées, l’abandon de la jeunesse à son triste sort, la corruption dans les milieux éducatifs et les institutions étatiques » : la liste est un véritable réquisitoire. Qui n’a jamais été coincé pendant des heures à un poste de péage improvisé, racketté par des agents sans scrupule sur les routes défoncées du pays ? Ces obstacles ne freinent pas seulement les déplacements, ils asphyxient l’économie locale et brisent les espoirs de développement.

L’abandon de la jeunesse est un autre cri d’alarme. À Inongo, comme dans tant d’autres contrées enclavées, des jeunes sans emploi ni formation voient leur avenir se réduire à néant. La corruption dans l’éducation, dénoncée par les prélats, hypothèque ce qui devrait être le principal levier de changement. Pendant ce temps, « le retard dans le paiement des salaires des fonctionnaires dans les milieux ruraux » plonge des familles entières dans une angoisse permanente. Peut-on parler de souveraineté nationale quand l’État se soustrait à ses obligations les plus élémentaires envers ses propres serviteurs ?

Tout n’est pourtant pas sombre, et les évêques ont tenu à le reconnaître. Une lueur d’espoir a été soulignée : quelques efforts gouvernementaux dans la fourniture d’électricité et l’amélioration des infrastructures routières dans certaines zones. Des avancées certes timides, mais qui montrent que le dialogue est possible. La question est de savoir si ces efforts resteront des enclaves de progrès ou le prélude à une transformation plus profonde.

L’assemblée épiscopale d’Inongo a également été le théâtre d’un rare encouragement. Les évêques ont salué « l’engagement des autorités à rétablir la paix dans les régions touchées par la milice Mobondo ». Cette milice, qui a semé la terreur dans plusieurs communautés, voit sa menace enfin prise au sérieux. Les prélats expriment le souhait que cet « élan se poursuive », car sans paix, rien n’est possible. Mais cet optimisme mesuré ne cache pas l’urgence : l’insécurité RDC reste une plaie béante, et chaque jour perdu compte.

Ce qui frappe dans cette déclaration, c’est la posture prophétique de l’Église, qui se fait la voix des sans-voix tout en étant elle-même victime. Les attaques ciblées contre ses représentants et ses structures laissent planer l’ombre d’une instrumentalisation de la violence. Alors que les fidèles se rassemblaient dans la prière, un climat de méfiance s’installe. L’Église, dernier rempart contre la désespérance, vacille sous les coups. La pauvreté RDC n’est pas qu’une statistique : elle se lit dans les regards éteints des enfants du fleuve, dans le silence résigné des villages oubliés.

Au-delà du constat, les évêques posent une question qui nous interpelle tous : quel avenir pour une société qui délaisse sa jeunesse et tolère l’injustice ? L’appel au respect des droits et à la fin de l’impunité ne peut rester lettre morte. Il y a urgence à transformer ce cri en actes. Car, comme le rappelle la dureté du quotidien à Inongo, les mots ne suffiront pas à nourrir les ventres vides ni à panser les chairs blessées par la violence. L’heure est au sursaut collectif.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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