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Recrutement d’enfants à Beni : le silence qui tue

Sur les sentiers poussiéreux de Bambuba-Kisiki, le vent charrie des murmures de balles et des rires d’enfants brisés. Ici, à quelques kilomètres de Beni, des gamins de treize ou quatorze ans apprennent à viser avant même d’avoir compris pourquoi la guerre s’obstine à les enrôler. Manu, le regard vide, raconte : « On m’a donné une arme en me promettant que je n’aurais plus faim. Je n’ai pas eu le choix. » Combien sont-ils, arrachés à l’école, transformés en soldats malgré eux ? La question hante chaque mère, chaque enseignant, et pourtant, le phénomène enfle dans l’indifférence. Le territoire de Beni, au cœur du Nord-Kivu, saigne par ses enfants, et le silence devient assassine. Peut-on encore rester les bras croisés quand un gamin de dix ans porte un fusil plus lourd que sa mémoire ?

Mardi 12 mai, un cri a percé cette torpeur. Les acteurs de la protection de l’enfant, réunis en atelier à Beni, ont uni leurs voix pour un plaidoyer retentissant contre le recrutement d’enfants dans les groupes armés. Face à l’ampleur du drame, ils exigent des autorités provinciales un sursaut : des actions concrètes pour arracher ces mineurs aux griffes des milices. « L’enfant n’est pas une arme. Sa place est dans une salle de classe, pas sur un champ de bataille », a martelé un facilitateur, rappelant que la loi congolaise et les conventions internationales interdisent formellement cette barbarie. Mais les mots suffiront-ils à désarmer des bandes qui prospèrent sur la vulnérabilité des villages ?

La protection de l’enfance au Nord-Kivu repose sur un trépied fragile : l’État, la communauté et la famille. Pourtant, à Beni, ces remparts s’effritent. Selon les intervenants, la responsabilité collective est écrasante : trop de communautés, épuisées par des décennies de violences, ferment les yeux ; trop de familles démunies cèdent leurs enfants contre une illusion de survie. « Protéger un enfant, c’est le garder loin des zones d’hostilités, lui offrir le luxe d’un avenir », a insisté Rex Antoma. Ce plaidoyer de Beni vise une mobilisation générale, du voisinage jusqu’au gouvernement provincial, pour que chaque enfant soldat devienne une urgence politique. Comment expliquer, en 2025, qu’un enfant soit encore une monnaie d’échange dans des conflits qui le dépassent ?

Les chiffres glacés des Nations Unies confirment l’hémorragie : plus de 300 personnes, dont un nombre alarmant de mineurs, ont été recrutées de force cette année dans le Nord-Kivu. Autour de Bambuba-Kisiki, les groupes armés transforment les villages en pépinières de combattants. La MONUSCO alerte sur une aggravation inquiétante du phénomène. Loin d’être une relique d’une guerre oubliée, le recrutement d’enfants soldats en RDC s’ancre dans l’impunité et la pauvreté. Chaque jour, un père enterre l’innocence de son fils. Pourquoi la communauté internationale détourne-t-elle le regard quand Beni réclame justice ?

L’atelier de Beni n’est pas une simple réunion d’experts ; c’est un électrochoc adressé à la conscience collective. Les organisateurs espèrent des avancées tangibles : la libération des enfants enrôlés, leur réinsertion familiale et scolaire, et surtout, la fin de l’impunité pour les recruteurs. « Nous appelons à assumer les responsabilités, parce qu’un enfant qui porte une arme aujourd’hui est une société brisée demain », a-t-on insisté. Le message est clair : le Nord-Kivu ne guérira de ses plaies que si ses enfants retrouvent leur droit à l’insouciance. L’enjeu dépasse les frontières de la région ; il interroge l’humanité tout entière. Quand le bruit des armes couvre les cris des petits, c’est notre propre avenir que nous abandonnons.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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