La nuit est tombée sur Makumo, dimanche 11 mai, comme une chape de plomb. Vers 19h30, des rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) ont surgi de la forêt environnante, semant la mort et la désolation dans ce chef-lieu du groupement Bangole, en territoire de Mambasa (Ituri). Un nouveau massacre a été perpétré à l’arme blanche, faisant au moins quatre morts parmi les civils, tandis que plusieurs habitations étaient réduites en cendres. Les corps ont été transportés en urgence vers la structure sanitaire locale, mais l’effroi, lui, est resté figé dans les ruelles désertes, où ne résonnent plus que les cris des familles en fuite.
Cette attaque ADF Makumo frappe une région déjà exsangue. Trois jours à peine après le carnage de Biakato, qui a coûté la vie à plus de vingt civils en pleine journée le 7 mai, l’insécurité en Ituri atteint un seuil intolérable. À Makumo, le scénario est cruellement familier : des assaillants lourdement armés encerclent une agglomération commerçante, frappent vite, puis s’évanouissent dans l’immensité verte. Les sources locales, relayées par la société civile, parlent d’une population « totalement abandonnée », livrée à la merci de rebelles qui semblent défier l’état de siège instauré depuis cinq ans.
Mais pourquoi ces tueries se répètent-elles avec une telle régularité ? Les civils tués en Ituri ne sont plus des victimes collatérales, mais la cible même d’une stratégie de terreur. Les ADF RDC, chassés de leurs bastions par les opérations conjointes FARDC-UPDF, se sont métamorphosés en essaims mobiles. Ils multiplient les incursions éclair contre les centres névralgiques comme Biakato, Makumo, ou l’axe Komanda-Luna, avec un objectif clair : provoquer des déplacements massifs, briser l’économie locale et entretenir une psychose permanente. Résultat : des villages entiers se vident, les commerces ferment, les écoles sont désertes, et des milliers de déplacés convergent vers Beni, Komanda ou Bunia, gonflant des camps déjà saturés.
L’attaque de Makumo n’a rien d’une surprise pour les observateurs locaux. Des alertes précises avaient été transmises aux autorités militaires dans les jours précédant le drame, signalant des mouvements suspects de combattants ADF autour de l’agglomération. Pourtant, aucun dispositif de sécurisation renforcée n’a été déployé. « Malgré les alertes, la population est totalement abandonnée », a dénoncé un élu provincial, amer, sous couvert d’anonymat. Cette absence d’anticipation pose une question brûlante : à quoi sert le régime d’exception si les signaux d’alerte sont systématiquement ignorés ?
L’état de siège en Ituri, décrété en mai 2021, devait ramener la paix en substituant des gouverneurs militaires aux autorités civiles. Cinq ans plus tard, le bilan est accablant. Le territoire de Mambasa, à lui seul, cumule les charniers : Bandibongo, Makeke, Biakato, et désormais Makumo. La spirale de violence est telle que les civils tués en Ituri se comptent par centaines depuis le début de l’année. Les vastes zones forestières, mal quadrillées, offrent des corridors discrets aux rebelles, qui se recomposent et frappent toujours plus loin. Certains analystes pointent un effet pervers des offensives militaires lourdes, qui dispersent les insurgés sans les neutraliser, créant ainsi de nouveaux foyers d’insécurité sur la Route nationale numéro 4.
Face à cette déroute, la population exprime un mélange de colère et de résignation. Les déplacés de Makumo ont fui avec pour seul bagage la peur au ventre. Beaucoup redoutent une nouvelle attaque avant même que les corps de leurs proches ne soient enterrés. Jusqu’à quand les civils continueront-ils à payer le prix fort d’une guerre sans fin ? La réponse, pour l’heure, se perd dans le silence des autorités, qui n’ont toujours pas réagi officiellement à ce énième massacre. L’insécurité en Ituri n’est plus une crise, c’est un effondrement.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
