Lualaba, RDC – L’axe routier Kisanfu-Kisankala, artère vitale pour l’exploitation minière dans la province du Lualaba, est devenu un véritable coupe-gorge. En l’espace de deux mois, trois attaques armées ciblant des opérateurs miniers chinois ont été recensées, plongeant la région dans une insécurité grandissante. Le dernier incident, survenu jeudi dernier, a coûté la vie à un ressortissant chinois et blessé son chauffeur congolais.
Selon Mexa Mukanya, coordonnateur de l’ONG locale Eben Ezer, cette série d’agressions n’est pas un fait isolé. Dans une déclaration à Radio Okapi, il a détaillé une chronologie alarmante : « La première attaque, on avait tiré deux balles en l’air. Les Chinois s’étaient échappés avec les chauffeurs. La deuxième attaque, les Chinois ont été kidnappés. Une somme de 65 millions de francs congolais et 3 000 dollars ont été emportés, ainsi que des appareils et des téléphones. Et la troisième attaque, c’est celle qui a tué un Chinois. »
Ces violences répétées illustrent une détérioration préoccupante de la sécurité sur ce tronçon reliant les sites miniers. Les assaillants, dont l’identité reste inconnue, agissent avec une audace déconcertante, profitant de l’isolement de la zone et du manque criant de moyens des forces de l’ordre locales.
L’ONG Eben Ezer tire la sonnette d’alarme. « Nous avons la police ici localement, mais elle n’est pas dotée de moyens nécessaires. Lorsqu’on alerte sur une situation d’insécurité, dépêcher une intervention urgente pose problème », a insisté Mexa Mukanya. En effet, les patrouilles sont quasi inexistantes faute de véhicules et d’équipements adéquats. Conséquence : les opérateurs miniers chinois, souvent perçus comme des cibles lucratives, se retrouvent à la merci des gangs armés.
La question se pose : jusqu’où ira cette escalade de violences ? Avec un ressortissant chinois tué en RDC, l’affaire prend une dimension diplomatique et économique. Les investisseurs étrangers, pourtant essentiels à l’économie congolaise, pourraient être tentés de se retirer si la sécurité n’est pas garantie.
Face à cette menace, Eben Ezer appelle les autorités provinciales et nationales à agir d’urgence. Il est impératif de renforcer les effectifs et la logistique de la police sur l’axe Kisanfu-Kisankala, mais aussi d’engager des enquêtes sérieuses pour démanteler ces réseaux criminels. La population locale, elle aussi, vit dans la peur, car ces attaques ne font qu’exacerber un climat d’insécurité Lualaba déjà lourd.
À ce jour, aucune réaction officielle des autorités politico-administratives ou sécuritaires du Lualaba n’a pu être obtenue. Ce silence est assourdissant, alors que le sang continue de couler sur une route essentielle à l’économie minière. Le temps est compté pour éviter que d’autres vies ne soient sacrifiées sur l’autel du laisser-faire.
L’actualité récente confirme une tendance inquiétante : les attaques miniers chinois se multiplient, transformant une voie de commerce en un chemin de croix. La communauté internationale, les sociétés minières et tous les acteurs concernés doivent désormais prendre la mesure du péril. Faute de quoi, le Lualaba pourrait basculer dans un chaos sécuritaire dont les conséquences dépasseraient les frontières provinciales.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
