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Sanctions OFAC contre Kabila : Mende appelle à rompre

Dans un entretien exclusif accordé à ACTUALITE.CD, l’ancien ministre de l’Information Lambert Mende Omalanga a livré une analyse sans fard sur les dossiers brûlants qui agitent la scène politique congolaise. L’ex-porte-parole emblématique de Joseph Kabila, aujourd’hui rallié à l’Union sacrée, s’est notamment prononcé sur les sanctions de l’OFAC contre Joseph Kabila, la loi référendaire du député Ngondankoy et la crise persistante dans l’Est de la RDC. Des propos qui éclairent autant les fractures du passé que les ambiguïtés du présent.

Au cœur de cette interview de Lambert Mende, les sanctions américaines contre Joseph Kabila. L’OFAC a placé l’ancien président sur sa liste noire pour son soutien présumé à l’AFC-M23, ce groupe armé que Kigali instrumentalise dans sa guerre hybride à l’Est. Lambert Mende ne cache pas son trouble initial : « Au départ, il m’a été difficile de croire qu’il avait des accointances coupables avec les renégats congolais. » Mais l’apparition de Kabila à Goma occupée, ses déclarations favorables au Rwanda, puis la confidence de Paul Kagame le présentant comme le vrai patron de l’AFC-M23 ont levé ses doutes. « On ne peut donc pas faire grief aux États-Unis […] de prendre des sanctions contre ceux qui violent sans scrupules leurs engagements », assène-t-il. L’ancien fidèle opère ainsi une rupture spectaculaire, appelant presque Kabila à « rompre les amarres avec Kagame » pour sauver ce qui peut l’être.

Cette condamnation publique d’un ex-mentor soulève une question : les États-Unis cherchent-ils à adresser un signal à toute la classe politique ? Mende balaie la notion d’ingérence, rappelant que c’est Kinshasa qui a sollicité Washington pour stabiliser la région. Pourtant, derrière la défense de la souveraineté nationale, perce une inquiétude : ces sanctions ne pourraient-elles pas, paradoxalement, requinquer un Kabila victimaire ? L’intéressé écarte l’hypothèse. Pour lui, la tragédie humaine prime sur les calculs politiques.

Le vétéran de la communication gouvernementale a ensuite plaidé avec une ferveur toute présidentielle la cause de Félix Tshisekedi. Face aux accusations de glissement du calendrier électoral, il invoque une « réalité factuelle » : « Comment peut-on envisager une élection dans un pays dont une partie substantielle est occupée militairement ? » Une rhétorique qui fait écho aux propos du Chef de l’État sur l’impossibilité d’organiser le scrutin de 2028. L’opposition crie à l’instrumentalisation de la guerre. Mende riposte : « Cela aurait été le cas si, et seulement si, il existait une preuve de collusion entre le président Tshisekedi et le fauteur de guerre Paul Kagame. » Une défense en forme de syllogisme, mais qui laisse planer le spectre d’un troisième mandat.

Car c’est bien la question du troisième mandat qui cristallise les tensions autour de la loi référendaire du député Ngondankoy. Le texte, qui prétend seulement encadrer le recours au référendum, est dénoncé comme un cheval de Troie destiné à modifier l’article 220 verrouillant la limitation des mandats. Lambert Mende joue les légalistes : « Nulle part il n’est édicté une interdiction d’organiser un référendum. » Et de rappeler qu’aucun référendum n’est programmé. L’argument, bien que juridiquement fondé, peine à dissiper le soupçon dans un pays où chaque précédent constitutionnel a été tordu par le pouvoir en place. L’UDPS, jadis farouche opposant à toute révision de l’article 220 sous Kabila, défend aujourd’hui la « réflexion », un glissement sémantique qui n’abuse personne.

Sur le front de l’Est, le bilan du gouvernement Tshisekedi suscite un optimisme prudent. Mende reconnaît un départ « patinant », imputable à des rapports trompeurs sur l’état de l’armée, mais se félicite des « nouvelles encourageantes » du front. Il mise sur les accords de Washington, en cours de ratification au Sénat, pour contraindre Kigali à lâcher le M23. « Sans l’aide multiforme des pays occidentaux, le Rwanda ne pourra pas grand-chose contre le Congo », affirme-t-il. Une confiance qui tranche avec trente ans d’impuissance.

Enfin, l’interview dresse un tableau sans concession de l’opposition congolaise, jugée « passablement affaiblie » par ses choix erratiques : boycotter les institutions, s’exiler ou pactiser avec l’ennemi. Un constat que ne renierait pas la majorité au pouvoir, tant il sert le narratif d’un Tshisekedi seul rempart contre le chaos. Quant à l’avenir de Joseph Kabila, Lambert Mende le résume d’une formule définitive : « Le plus utile pour lui serait d’aller à Canossa en rompant les amarres avec Paul Kagame. » Une ultime exhortation qui ressemble autant à un conseil qu’à un avertissement.

En définitive, cet entretien jette une lumière crue sur les renoncements et les calculs d’une classe politique congolaise en quête de survie. Alors que la guerre de l’Est ravage les populations et que le spectre d’un troisième mandat hante déjà 2028, les jeux de dupes continuent. Le Congo mérite pourtant mieux qu’un éternel recommencement.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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