Il est à peine 10 heures, ce vendredi 8 mai, dans la localité de Cogelos, lorsqu’un cri déchire le silence poussiéreux du chantier. Deux hommes sont brutalement projetés au fond d’un puits perdu. Leur corps, traversé par une décharge électrique, se tord sous les yeux de leurs collègues figés par la stupeur. Les deux agents de Colosse Construction Corps, entreprise mandatée pour des travaux antiérosifs dans la commune de Mont-Ngafula, viennent d’être foudroyés. Que s’est-il passé pour qu’une simple vidange de puits se mue en tragédie ?
D’après les explications recueillies sur place, le chef de chantier et le responsable carburant ont commis l’erreur fatale de descendre la motopompe avec eux dans l’excavation. « Ils auraient dû laisser la machine en surface, insiste le commandant Serge Ngandu, policier commis à la garde des lieux. Mais ils l’ont amenée dans le puits. Quand les vibrations ont secoué l’appareil, celui-ci a basculé dans l’eau. Les fils, mal isolés, ont alors libéré toute la charge. » Un enchaînement mécanique implacable, un accident du travail en RDC qui pose crûment la question des consignes de sécurité sur les chantiers de Kinshasa.
Le drame se joue à environ un kilomètre d’un couvent de sœurs religieuses, à Mont-Ngafula. Les deux victimes gisent inanimées. L’urgence est absolue. Les collègues les extraient du puits et les transportent d’abord vers un centre de santé de proximité. L’espoir s’effondre aussitôt : l’établissement est privé d’électricité, incapable de prendre en charge des électrocutés. Le constat est glaçant. À Kinshasa, combien de centres de santé restent ainsi impuissants face aux urgences, faute de courant ?
Sans perdre une minute, les blessés sont évacués vers les cliniques universitaires de l’Université de Kinshasa, situées à deux kilomètres de là. Le chef de chantier est placé sous perfusion, son état jugé critique mais stable. Le responsable carburant, lui, a sombré dans l’inconscience. Le personnel médical ordonne des examens radiologiques pour évaluer les lésions internes. « Dieu est bon, confie, ému, le commandant Ngandu. Ils respirent au moins. Nous gardons espoir qu’ils nous reviendront vivants. » Un témoignage qui en dit long sur l’angoisse qui étreint l’équipe.
Cet accident de travail en RDC ne peut pas être réduit à un simple fait divers de Kinshasa. Il interroge les pratiques au sein de Colosse Construction Corps, mais aussi, plus largement, la précarité qui règne sur de nombreux chantiers congolais. Pourquoi les mesures de protection électrique de base ne sont-elles pas appliquées ? Qui a validé l’utilisation de câbles non isolés à proximité d’une motopompe plongée dans l’eau ? La course au rendement efface-t-elle le droit à la vie des ouvriers ?
Pendant que les deux agents luttent dans les couloirs de l’hôpital universitaire, les travaux antiérosifs de Cogelos restent suspendus. La commune de Mont-Ngafula, sujette à des ravines dévastatrices, a pourtant besoin de ces interventions. Mais à quel prix ? Cette électrocution à Kinshasa rappelle douloureusement que chaque puits perdu, chaque canalisation, peut devenir un tombeau si la négligence s’installe. Espérons que les deux victimes survivront pour témoigner – et que leur calvaire pousse enfin à renforcer une culture de la sécurité qui, aujourd’hui, paraît trop souvent prise à la légère.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
