Le samedi 25 avril dernier, un événement sans précédent a marqué l’histoire économique de la province de la Tshopo : 99 tonnes de cuivre ont pris la direction de Hong Kong, en Chine, depuis Kisangani. Cette cargaison, extraite à Okelenge, dans le territoire de Lubutu au nord du Maniema, a été exploitée par la coopérative minière Komako et exportée par la société Mumba Wetu. Une opération qui symbolise un tournant pour la région, longtemps dépendante des provinces du Haut-Katanga et du Lualaba pour ce type de transactions.
Pour la première fois, la Tshopo délivre un certificat d’exportation de cuivre. Jusqu’alors, seules les provinces minières du sud du pays avaient cette prérogative. Mulaja Kabamba Francis, directeur provincial du Centre d’Expertise, d’Évaluation et de Certification (CEEC) dans la Tshopo, a signé ce certificat historique avec la cheffe de division des mines et géologie de la province. « Les minerais ont été censurés. De la sortie à Lubutu jusqu’à Kisangani, toute la procédure a été respectée et la traçabilité est assurée dans les normes », a-t-il précisé. Cette rigueur administrative vise à garantir que l’exportation cuivre Tshopo répond aux standards internationaux, renforçant ainsi la crédibilité de la filière.
Mais pourquoi la Tshopo, et non le Maniema, a-t-elle été choisie pour cette exportation ? La réponse tient à l’enclavement chronique du territoire de Lubutu. Situé à plus de 400 kilomètres de Kindu, chef-lieu du Maniema, Lubutu dépend entièrement de Kisangani, distant de seulement 240 kilomètres. La route nationale reliant Lubutu à Kindu est quasi inexistante, réduite à un simple sentier. Cette réalité logistique a contraint les acteurs à emprunter l’axe Lubutu-Kisangani, faisant de la Tshopo la porte naturelle d’exportation du cuivre Maniema.
Pour mener à bien cette première exportation Tshopo, des équipes techniques venues du Haut-Katanga et de Kinshasa ont encadré leurs collègues locaux pendant 30 jours. Un accompagnement intensif qui a permis de transférer les compétences nécessaires à la certification et au suivi des cargaisons. « C’est une opportunité économique pour la province de provenance et la province d’exportation », a souligné le directeur provincial du CEEC Tshopo. En effet, Kisangani cuivre Chine ouvre une nouvelle voie commerciale qui pourrait dynamiser l’économie locale.
Les retombées attendues sont à la hauteur des espoirs suscités. « Le Maniema et la Tshopo sont bénis par cette opération parce que vous allez voir les retombées… D’ici deux ou trois ans, vous verrez comment Kisangani va se transformer : une ville prospère, développée. C’est notre souhait », a déclaré Mulaja Kabamba Francis. Ces propos traduisent une ambition : faire de la capitale de la Tshopo un hub minier régional, capable de générer emplois et investissements.
Cette première exportation de cuivre via Kisangani est bien plus qu’un simple fait logistique. Elle illustre la capacité des provinces de l’Est à contourner les blocages infrastructurels pour s’intégrer dans les chaînes de valeur mondiales. La coopérative Komako et la société Mumba Wetu ont démontré qu’avec une coordination rigoureuse entre les services de l’État, l’exploitation du cuivre peut bénéficier à des territoires longtemps marginalisés. Alors que les regards se tournent vers l’avenir, la question demeure : la Tshopo saura-t-elle capitaliser sur cette dynamique pour attirer d’autres opérateurs et diversifier son économie ? Les prochains mois seront décisifs pour confirmer cette promesse de développement.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
