AccueilActualitéSociétéKwilu 3 : 9 715 enseignants sans salaire menacent une grève sèche

Kwilu 3 : 9 715 enseignants sans salaire menacent une grève sèche

Assis sur des bancs de fortune sous le soleil brûlant de Dibaya-Lubwe, plus de neuf mille sept cents visages trahissent la même lassitude. Ce mercredi, l’assemblée générale extraordinaire des enseignants de la sous-division Kwilu 3, dans le nord d’Idiofa, ressemblait moins à une réunion syndicale qu’à un cri de détresse collectif. « Nous sommes à bout », lance l’un d’eux, la voix éraillée par l’émotion. « Comment nourrir nos familles ? Comment faire face à la rentrée scolaire ? Le silence de notre banque est un silence de mort. » Cette scène poignante illustre le point de rupture atteint par des professionnels de l’éducation abandonnés par le système, dont le salaire du mois d’octobre 2025 n’a toujours pas été crédité, contrairement à leurs collègues de la ville.

La colère qui gronde dans le nord du territoire d’Idiofa est d’autant plus amère qu’elle s’alimente d’un sentiment d’injustice criant. Alors que les enseignants affectés en zone urbaine, gérés par la même Afriland First Bank et figurant sur le même fichier de paie, ont perçu leurs émoluments, ceux des zones rurales du Kwilu 3 sont purement et simplement ignorés. Cette crise salariale des enseignants RDC prend ici les traits d’une discrimination géographique insupportable. « Comment expliquer que dans une même province éducationnelle, sous le même gouvernement, on crée des citoyens de seconde zone ? », s’indigne Willy Miaba Riza, secrétaire de la Confédération syndicale du Congo, présent lors de l’assemblée. Sa question, rhétorique et cinglante, résume l’incompréhension générale face à ce traitement différencié.

Derrière les chiffres – 9 715 enseignants « abandonnés à leur triste sort » selon l’intersyndicale Kwilu 3 – se cache une réalité sociale dévastatrice. Cela fait six mois que la précarité s’est installée dans les foyers. Des familles entières dépendent de ces salaires qui n’arrivent pas. L’épicerie du village refuse désormais le crédit, les frais scolaires des enfants s’accumulent, et l’angoisse du lendemain ronge les ménages. La sous-division de Dibaya-Lubwe, particulièrement touchée, voit son tissu social se fragiliser jour après jour. Cette grève sèche nord Idiofa qui se profile n’est donc pas qu’un outil de pression syndicale ; c’est le symptôme d’une défaillance profonde dans la chaîne de paiement des agents publics.

Face à ce « silence de cimetière » des responsables, les syndicats ont décidé de hausser le ton. Un ultimatum de sept jours a été formellement notifié. Si le salaire octobre 2025 Idiofa n’est pas intégralement versé d’ici là, une grève sèche paralysera toute l’étendue du nord du territoire. Cela signifierait la fermeture des écoles, laissant des milliers d’élèves sans cours, dans une région où l’éducation est déjà un défi quotidien. Les enseignants, par ce bras de fer, entendent réclamer bien plus que leur dû : ils exigent de la transparence. Où sont passés les fonds ? Pourquoi Afriland First Bank salaires ne sont-ils pas traités de manière équitable ? La demande de lumière est unanime.

En dernier recours, le regard se tourne vers les plus hautes sphères de l’État. L’intersyndicale a lancé un appel solennel à l’intervention personnelle du Président de la République. Les enseignants estiment que seule une action directe du chef de l’État peut débloquer cette impasse administrative et bancaire qui dure depuis trop longtemps. Cet épisode dépasse le simple litige salarial ; il interroge la capacité de l’État à garantir l’équité et la dignité pour tous ses fonctionnaires, qu’ils travaillent au cœur de la ville ou dans les zones les plus reculées. Le sort des enseignants Kwilu 3 est un test pour la justice sociale en RDC.

La semaine qui s’ouvre sera décisive. Soit les autorités et l’agence bancaire concernée prennent des mesures concrètes pour rectifier cette anomalie et apaiser les esprits, soit le nord d’Idiofa plongera dans un conflit social aux conséquences désastreuses pour une génération d’écoliers. La balle est désormais dans le camp des décideurs. Les enseignants, eux, ont déjà choisi : la dignité ou la lutte. Leur patience, épuisée par six mois d’attente vaine, a cédé la place à une détermination froide. L’avenir de l’école dans cette région se joue maintenant autour d’un virement bancaire qui n’aurait jamais dû se faire attendre.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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