Sept mois après une signature qui avait suscité un fragile espoir, l’Accord de Washington entre la République démocratique du Congo et le Rwanda semble prisonnier des mêmes vieux démons. Alors que l’administration Trump avait orchestré ce rapprochement pour éteindre les braises de l’est congolais, le constat dressé par le Baromètre des Accords de Paix en Afrique est sans appel : le processus de paix est en panne sèche, avec un taux d’exécution figé à 23,3%. Comment expliquer un tel décalage entre les discours diplomatiques et la réalité du terrain, où l’AFC/M23 continue de peser de tout son poids ?
Les chiffres, froids et implacables, parlent d’eux-mêmes. Depuis novembre 2025, la mise en œuvre de l’accord paix n’a enregistré aucune avancée significative. Le rapport pointe des « progrès limités, inégaux et en perte de dynamique », un diagnostic sévère pour un texte censé redessiner la géopolitique des Grands Lacs. La belle mécanique diplomatique semble grippée, malgré une agitation protocolaire certaine. Les réunions de haut niveau se succèdent – de Lomé à Livingstone, en passant par les auditions au Congrès américain –, créant l’illusion du mouvement. Mais sur le front de l’est de la RDC, les hostilités s’intensifient, et les populations civiles paient le prix fort d’un enlisement qui n’ose pas dire son nom.
Les éléments positifs mis en avant relèvent essentiellement du cadre institutionnel. La nouvelle architecture de médiation de l’Union africaine, adoptée à Lomé, ou les consultations du médiateur João Lourenço avec les acteurs congolais, sont des développements notables. Cependant, ils ressemblent souvent à un arbre qui cache la forêt d’une impasse opérationnelle. Le retrait de l’AFC/M23 d’Uvira, souvent brandi comme un signe de bonne volonté, apparaît comme un geste tactique isolé dans un conflit où la conquête territoriale reste la règle. Le cœur du problème – la neutralisation des FDLR et la levée des mesures défensives rwandaises – demeure une épine dans le pied du processus de paix Grands Lacs.
Face à cette stagnation, le rapport du Baromètre émet une série de recommandations cinglantes, véritables rappels à l’ordre adressés aux signataires. Washington est exhorté à maintenir une pression « coordonnée » et à envisager des « mesures coercitives ciblées ». Un langage rare qui souligne l’exaspération grandissante des observateurs. Kinshasa, de son côté, est sommé d’accélérer « sans plus tarder » les opérations contre les FDLR, quitte à impliquer officiellement la MONUSCO dans les zones sous contrôle du M23. Une proposition qui n’est pas sans risque, tant elle pourrait raviver les tensions avec Kigali et son protégé.
Le gouvernement rwandais se voit assigner une tâche claire : mettre en œuvre le plan de désengagement et lever ses mesures défensives. La balle est également dans le camp de Doha, chargé de relancer un processus parallèle avec l’AFC M23 RDC, en suspens depuis novembre 2025. Cette fragmentation des initiatives – Washington, Doha, médiation africaine – n’est-elle pas, en soi, un facteur de complication ? Le rapport plaide justement pour une clarification des rôles et une centralisation des efforts sous l’égide de l’UA, afin d’éviter toute « perception de concurrence ».
Au final, le bilan accord Washington est celui d’un texte en sursis. Les présidents Tshisekedi et Kagame ont certes paraphé les documents, mais leurs administrations peinent à aligner leurs agendas sur le terrain des opérations. Les accusations de mauvaise foi volent toujours entre Kinshasa et Kigali, et la rébellion du M23 joue habilement de ce double jeu diplomatique. L’Accord de Washington RDC Rwanda risque-t-il de rejoindre la longue liste des initiatives avortées pour la région ? La fenêtre d’opportunité ouverte par l’implication personnelle de Donald Trump se referme mois après mois, rongée par la méfiance et la poursuite des logiques guerrières.
Les prochains enjeux sont désormais criants. La communauté internationale, l’UA en tête, parviendra-t-elle à imposer une feuille de route unique et contraignante ? Les parties prenantes accepteront-elles de troquer des gains tactiques à court terme contre une stabilisation durable ? La réponse à ces questions déterminera si le processus de Washington peut sortir de l’ornière ou s’il sera emporté par la spirale infernale d’un conflit qui, décidément, refuse de s’éteindre. La crédibilité de la diplomatie dans la région des Grands Lacs se joue sur ce terrain miné de l’est congolais.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
