AccueilActualitéPolitiqueOlivier Kamitatu : « Aucun glissement électoral ne sera toléré »

Olivier Kamitatu : « Aucun glissement électoral ne sera toléré »

Silence glacial dans les couloirs du pouvoir après la conférence de presse du Chef de l’État. À peine les caméras éteintes, une voix s’est élevée pour briser l’unanimité feutrée : celle d’Olivier Kamitatu, directeur de cabinet et porte‑parole de Moïse Katumbi. Ce vendredi 8 mai, l’émissaire d’Ensemble pour la République a prononcé un réquisitoire cinglant contre toute tentative de glissement électoral RDC, transformant un traditionnel échange médiatique en une mise en garde solennelle.

« Nous n’accepterons aucun glissement et nous ne tolérerons aucune révision. Monsieur Félix Tshisekedi doit comprendre qu’il arrive au terme de son dernier mandat. En 2028, une nouvelle ère va s’ouvrir », a-t-il martelé. La formule, lourde de menaces voilées, suffit à réactiver un champ lexical guerrier que beaucoup espéraient rangé aux oubliettes de la transition. Car pour le camp Katumbi, évoquer une révision constitutionnelle RDC par voie référendaire, ce n’est pas moderniser l’État de droit, c’est « une déclaration de guerre au peuple congolais ».

La métaphore n’est pas anodine. Derrière l’argument juridique prétendant solliciter la souveraineté populaire, Olivier Kamitatu voit une manœuvre de contournement grossière. Et de rappeler que l’article 220 de la Constitution — véritable totem intouchable depuis ses origines — fixe de manière intangible le nombre et la durée des mandats présidentiels. Vouloir l’amender par référendum reviendrait, selon lui, à piétiner une volonté déjà exprimée clairement lors de précédents scrutins. Le peuple aurait-il oublié qu’il a déjà tranché ?

Le stratège politique s’est ensuite attaqué à un refrain entendu dans certains cercles majoritaires : la Loi fondamentale serait un boulet pour le développement et la paix. Réponse cinglante : « Ce n’est pas l’article 220 qui empêche de libérer l’Est de la RDC, mais plutôt l’absence d’une chaîne de commandement efficace et le détournement des fonds destinés aux opérations militaires. » La saillie, d’une précision chirurgicale, a le mérite de déplacer le débat du terrain constitutionnel vers celui, bien plus inconfortable, de la gouvernance réelle.

Reste la question qui fâche : pourquoi tant d’empressement à évoquer un référendum si le locataire du Palais de la Nation est réellement animé par l’intérêt général ? Les déclarations venues de chez Ensemble pour la République esquissent une réponse : le spectre d’un glissement électoral RDC n’est pas une lubie de l’opposition, mais une accélération de signaux préoccupants. D’où la décision, annoncée dans la même intervention, d’activer ce que le parti nomme le « devoir de résistance ».

Exit les appels à la retenue, place à la structuration d’un Front républicain de résistance. L’objectif affiché : fédérer toutes les forces politiques attachées au respect de la Constitution, au-delà des clivages partisans. Un appel à l’unité qui sonne comme un avertissement à l’exécutif : la société civile et l’opposition ne resteront pas spectatrices si des manœuvres dilatoires venaient à se confirmer. L’Histoire récente de la région des Grands Lacs démontre que les architectures institutionnelles fragilisées par un forcing constitutionnel finissent souvent par s’effondrer dans la violence.

Olivier Kamitatu a également eu des mots pour les forces de défense et de sécurité, les exhortant à ne pas se muer en « instruments de répression » contre des citoyens légitimement en colère. Une interpellation qui en dit long sur la perception des risques d’un recours disproportionné à la force. Quant à la communauté internationale, elle est sommée de ne pas devenir des « complices silencieux », une formule destinée à secouer les diplomaties étrangères qui pourraient être tentées de sacrifier les principes démocratiques sur l’autel de la stabilité apparente.

L’argument final pèse lourd : la stabilité de l’Afrique centrale, zone fragile par excellence, passe d’abord par le respect de l’alternance démocratique en RDC. Briser ce cycle créerait une onde de choc régionale difficile à contenir. Face à ces enjeux, le bras de fer orchestré par Ensemble pour la République autour de la révision constitutionnelle RDC ne fait peut-être que commencer. Dans un pays où la rue a souvent eu le dernier mot, le suspense reste entier. Le peuple acceptera-t-il qu’on lui demande de renoncer à sa souveraineté au nom d’une stabilité qui n’a jamais tenu ses promesses ?

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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