Alors que les conflits armés ravagent l’est de la République Démocratique du Congo depuis plus de trois décennies, une question cruciale se pose : comment préserver le droit à l’éducation dans un paysage marqué par la violence ? Cette problématique a été portée devant le Conseil de sécurité des Nations unies ce lundi 2 mars 2026, lors d’une séance présidée par Melania Trump, marquant le début de la présidence américaine. L’ambassadeur congolais Zénon Ngay Mukongo y a dressé un tableau alarmant de l’impact des conflits sur le secteur éducatif congolais, une situation qui prive des millions d’enfants de leur avenir.
Depuis trente ans, les cycles récurrents de violences, particulièrement dans l’est du pays, ont systématiquement entravé l’accès à une éducation sûre, inclusive et de qualité. Comment imaginer construire un pays lorsque sa jeunesse est privée de ses salles de classe ? L’ambassadeur Mukongo a insisté sur le fait que garantir cet accès, y compris aux technologies numériques, constitue une priorité absolue pour la RDC. Mais sur le terrain, la réalité est tout autre, et les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Prenons l’exemple du Sud-Kivu, théâtre d’opérations du mouvement M23 et des Forces de Défense Rwandaises (RDF) depuis début 2025. Dans cette province, l’impact du conflit sur l’éducation est catastrophique. La politique de gratuité de l’enseignement primaire, décrétée par le président Félix Tshisekedi en 2019, y est directement menacée. Les groupes armés imposent en effet des frais de scolarité dans les écoles, publiques comme privées, des territoires sous leur contrôle. Une violation flagrante des lois nationales et du droit international humanitaire qui hypothèque l’avenir de toute une génération.
Les statistiques officielles présentées devant le Conseil de sécurité sont éloquentes : sur 8 419 écoles recensées dans la région, 1 768 ne sont plus fonctionnelles. Parmi elles, on compte 71 écoles maternelles, 1 022 primaires et 675 secondaires. Pire encore, 167 établissements, accueillant plus de 72 000 élèves dont la moitié sont des filles, sont actuellement occupés par des groupes armés. Ces chiffres illustrent l’ampleur du défi auquel fait face la stratégie éducation urgence RDC, récemment adoptée pour la période 2025-2029.
Face à cette crise, le gouvernement congolais tente de réagir. La Stratégie de l’éducation et de la formation en situation d’urgence vise précisément à bâtir un système éducatif résilient, capable d’assurer la continuité de l’apprentissage avant, pendant et après les crises. Elle s’accompagne d’un engagement à réduire la fracture numérique, particulièrement prononcée dans les zones de conflit. Mais comment appliquer une telle stratégie lorsque les écoles sont fermées au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, ou transformées en casernes ?
La rentrée scolaire 2025-2026 dans les zones contrôlées par l’AFC/M23 a été marquée par la levée unilatérale de la mesure de gratuité. Un arrêté du gouverneur du Nord-Kivu, proche de la rébellion, a fixé des frais de scolarité trimestriels allant de 9 000 à 45 000 francs congolais par élève. Le gouvernement central a fermement condamné cette décision, rappelant que la gratuité de l’enseignement primaire public est un principe constitutionnel « intangible, non négociable et irréversible ». Pour les ministres Raïssa Malu Dinanga et Patrick Muyaya, il est impératif que les dirigeants de l’AFC/M23 « reviennent à la raison ».
Derrière ces tensions politiques et ces chiffres glacials se cachent des destins brisés. Des millions d’enfants, déjà traumatisés par la guerre, se voient refuser le droit fondamental d’apprendre. L’éducation, pilier central de la politique de résilience et de développement de la RDC, est ainsi devenue une victime collatérale du conflit. L’impact du Rwanda sur l’éducation congolaise, via son soutien présumé à la rébellion, pose une question fondamentale sur la souveraineté et l’avenir du pays.
La réunion du Conseil de sécurité n’a, finalement, débouché sur aucune résolution concrète. Elle aura cependant mis en lumière un contraste saisissant. D’un côté, l’ONU et ses rapports décrivant des écoles fermées, des financements en berne et des normes juridiques bafouées. De l’autre, l’idéal d’une éducation connectée et inclusive, promise à une humanité apaisée. Entre ces deux visions, des enfants congolais attendent, espérant un jour retrouver le chemin de l’école, loin du bruit des armes. Leur avenir, et celui de la RDC, en dépendent.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd
