Imaginez une salle de classe sans toit, des pupitres transformés en bois de chauffage, des enfants contraints de rentrer chez eux dès les premières gouttes de pluie. C’était le quotidien de milliers d’élèves du territoire de Masisi, dans la province du Nord-Kivu, une région meurtrie par des décennies de violences armées. Mais aujourd’hui, un vent d’espoir souffle sur ces montagnes meurtries. Cinquante-neuf écoles ont été entièrement réhabilitées et équipées grâce au programme Education Cannot Wait (« L’éducation ne peut pas attendre »), mis en œuvre par l’organisation War Child avec le soutien financier de l’UNICEF. Une bouffée d’oxygène pour une communauté scolaire qui n’en pouvait plus d’attendre.
Le constat était alarmant. Dans l’école primaire 1 de Masisi, les bâtiments menaçaient ruine, les enfants s’entassaient sur des bancs branlants. Aujourd’hui, six nouvelles salles de classe ont vu le jour, accompagnées de quatre latrines construites en matériaux semi-durables. Le directeur de l’établissement, Bandu Muhombo, ne cache pas sa joie : « Les salles de classe étaient en mauvais état. Les enfants s’asseyaient mal. Maintenant, avec six salles, ils vont ajouter 21 pupitres, des tableaux et une table pour l’enseignant. Nous sommes très contents. » Ces mots résonnent comme un cri de soulagement dans un territoire où l’éducation a trop souvent été sacrifiée sur l’autel des conflits.
Cette réhabilitation des écoles de Masisi ne se limite pas à de la maçonnerie. Elle s’inscrit dans une vision plus large de reconstruction du tissu social. Faïda Namulinduka, responsable de la sous-division de l’EPST Masisi 1, insiste sur les défis quotidiens : « Il y a des écoles qui avaient été utilisées comme champs de bataille. Les pupitres ont été utilisés comme bois de chauffage. Jusqu’à présent, quand il pleut, les enfants doivent rentrer chez eux. » Ses paroles rappellent que, dans les zones de conflit, l’éducation est un bien rare et précieux. Le programme Education Cannot Wait vient donc combler un vide immense, mais il reste encore tant à faire.
Au-delà des infrastructures, le projet a également mis l’accent sur l’accompagnement psychosocial des enseignants. Formés pour faire face aux traumatismes liés à la guerre, ces hommes et ces femmes deviennent des piliers pour leurs élèves. Comment apprendre quand on a perdu un parent sous les balles ? Comment enseigner quand on a soi-même vécu l’horreur ? War Child et l’UNICEF ont compris que la reconstruction passe d’abord par la guérison des blessures invisibles. Les instituteurs de Masisi ont ainsi bénéficié de séances de formation et de soutien psychologique, leur permettant de mieux accompagner les enfants sinistrés.
Cette initiative, portée par le partenariat War Child-UNICEF, redonne espoir à une génération menacée par l’oubli et la violence. Les écoles du Nord-Kivu, et particulièrement celles du territoire de Masisi, deviennent peu à peu des îlots de paix et de savoir. Mais les besoins restent immenses. Faïda Namulinduka lance un appel : « Je demanderai aux autres partenaires de venir nous aider. » Car si 59 écoles ont été réhabilitées, combien d’autres attendent encore des jours meilleurs ?
En définitive, ce projet démontre que l’éducation en zones de conflit n’est pas une utopie, mais une nécessité vitale. Chaque pupitre installé, chaque tableau posé est une victoire sur la barbarie. L’histoire de Masisi nous rappelle que les enfants ont le droit d’apprendre, même sous les cendres de la guerre. C’est un combat de longue haleine, mais Education Cannot Wait prouve que, lorsque la volonté politique et les fonds sont réunis, le changement est possible.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
