Une tension palpable règne dans les salles de classe du Kasaï. Réunis samedi 18 avril 2026, les chefs d’établissements scolaires de la province ont lancé un cri d’alarme, appelant les élus nationaux à un sauvetage urgent du Projet d’apprentissage et d’automation des filles (PAAF). Cette initiative, sensée être un levier d’émancipation, est aujourd’hui pointée du doigt comme source de dysfonctionnements majeurs, menaçant la qualité même de l’éducation dans la région.
Mais que s’est-il passé pour qu’un projet porteur d’espoir suscite autant de frustrations ? Les responsables d’écoles, réunis sous la bannière de l’intersyndicale des enseignants du Kasaï 1, dressent un bilan sans appel. La composante « bourse d’études », pierre angulaire du PAAF destinée à soutenir la scolarisation des filles, est un « échec » cuisant. Les promesses de financement ne seraient pas tenues, laissant de nombreuses jeunes filles dans l’incertitude et compromettant leur année scolaire. Comment, dans ces conditions, lutter efficacement contre la déscolarisation des filles en RDC ?
Le second grief porte sur le sacro-saint calendrier scolaire. Les chefs d’établissement dénoncent son non-respect flagrant, une situation qu’ils jugent « préjudiciable » aux apprentissages. Les perturbations s’accumulent, les programmes ne sont pas bouclés, et l’inquiétude monte quant au niveau des élèves en fin d’année. Cette désorganisation chronique, couplée aux problèmes du PAAF, crée un cocktail explosif qui mine le quotidien des enseignants et des apprenants.
Le mécanisme de passage des épreuves préliminaire illustre ce malaise. Le PAAF permet aux filles de se présenter à ces examens sans avoir préalablement payé les frais scolaires. Une mesure sociale en apparence, mais qui génère de vives tensions sur le terrain. « Nous encadrons ces élèves, nous les préparons, mais sans contrepartie », témoigne un directeur d’école sous couvert d’anonymat, exprimant une frustration partagée par de nombreux enseignants. Cette situation crée un sentiment d’injustice et de travail non valorisé, affectant le moral des corps enseignants.
Face à cette impasse, la menace est désormais sur la table. Certains responsables menacent de ne plus maintenir les élèves filles bénéficiaires du PAAF dans leurs établissements si aucune solution concrète et rapide n’est apportée. Une décision radicale qui souligne l’extrême gravité de la crise et la lassitude des acteurs de terrain. L’intersyndicale enseignants Kasaï, relayant cette colère, exige des autorités une révision en profondeur de la gestion du projet et un dialogue urgent.
Les enjeux dépassent largement le simple cadre administratif. Il s’agit de la crédibilité des politiques éducatives envers les jeunes filles, de la qualité de la formation de toute une génération, et de la stabilité du système scolaire dans la province. L’appel lancé aux parlementaires est clair : il est temps de descendre du train des déclarations d’intention pour s’impliquer concrètement dans la recherche de solutions durables. L’avenir du PAAF Kasaï, et par extension d’une partie de la jeunesse kasaïenne, se joue maintenant. La communauté éducative attend des actes, avant qu’il ne soit trop tard et que les salles de classe ne se vident un peu plus.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: mediacongo.net
