Alors que le marché de l’emploi en République démocratique du Congo se caractérise par un fossé persistant entre la formation académique et les besoins du secteur privé, une initiative concrète tente de construire un pont. Dans la province du Haut-Katanga, cœur battant de l’industrie minière nationale, le programme Graduate MMG de la société Kinsevere apparaît comme un laboratoire d’insertion jeunes diplômés RDC. Mais comment fonctionne ce dispositif et répond-il véritablement au défi de l’emploi des jeunes ?
Conçu comme un parcours d’immersion professionnelle de deux ans, ce programme cible spécifiquement les diplômés fraîchement sortis des universités ou sans expérience préalable. Actuellement, dix-sept jeunes bénéficient d’un statut équivalent à celui des agents permanents, une approche qui contraste avec les stages souvent peu rémunérés. « MMG publie régulièrement ses offres en ligne. Pour celle-ci, je me suis connecté sur la plateforme et j’ai complété ma candidature », explique Éloge Kasongo, l’un des participants. Le recrutement, sélectif, valorise parfois des compétences linguistiques particulières, comme la maîtrise du mandarin, reflétant les réalités de la coopération sino-congolaise dans le secteur.
Une fois intégrés, les « graduates » sont placés sous l’aile d’un mentor et suivis mensuellement. Cette structure d’accompagnement vise à atténuer le choc du passage du monde théorique à l’environnement opérationnel exigeant d’une mine. « MMG, c’est une famille. Le respect est réel, peu importe le niveau hiérarchique », témoigne Sabrina Katuta. Pour Benedive Ndjendjo, cet environnement est propice : « Je ne me suis jamais senti inférieur parce que je ne maîtrisais pas encore tout. Ici, on vous apprend. » Cette formation minière Congo se veut donc pratique et progressive.
Sur le terrain, les affectations varient selon les spécialités : métallurgie, opérations minières, ingénierie ou technologies de l’information. Anne Ramazani, ingénieure métallurgiste, travaille au département OIE pour « appuyer les équipes opérationnelles et améliorer les performances ». Bernadette Mbuyu, diplômée de l’UNILU, y voit l’occasion de forger une double compétence : « Après ce parcours, je pourrai me présenter comme ingénieure des mines avec la théorie académique et l’expérience de terrain. »
Ce programme répond-il à un besoin crucial ? La question est légitime dans un contexte où l’exigence d’expérience préalable bloque de nombreux diplômés. « On nous demande souvent plusieurs années d’expérience, même quand on sort de l’université. Ici, on nous donne une chance », souligne Jael Kalanga. En offrant ce tremplin, MMG Kinsevere investit dans un réservoir de talents locaux, une stratégie à long terme pour assurer la relève dans un secteur stratégique. Kevin Kabila encourage d’ailleurs ses pairs : « Il faut postuler, s’engager et donner le meilleur de soi. »
Au-delà de l’aspect social, cette initiative illustre un partenariat université-entreprise encore trop rare en RDC. Elle pose les bases d’un modèle où le secteur privé prend une part active dans la professionnalisation des cursus. À l’issue des deux ans, une évaluation peut déboucher sur une embauche permanente, transformant l’essai en emploi jeunes Haut-Katanga durable.
Reste à savoir si ce type de programme, porté par un acteur industriel majeur, peut inspirer une dynamique plus large. L’enjeu est de taille : canaliser l’énergie et le savoir de la jeunesse congolaise vers les filières qui bâtiront l’économie de demain. Le programme Graduate de MMG n’est peut-être qu’une goutte d’eau, mais il montre qu’un investissement structuré dans la formation pratique peut être un puissant levier pour l’avenir professionnel de toute une génération.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd
