Dans un mouvement orchestré avec précision, le Président de la République a procédé, ce lundi 23 février, à une vaste opération de nominations entreprises publiques RDC. Lu à la télévision nationale, ce train d’ordonnances présidentielles redessine la gouvernance de plusieurs joyaux du portefeuille de l’État. Une reconfiguration qui, à bien des égards, ressemble à un jeu d’échecs politique où chaque pièce est déplacée avec des intentions stratégiques parfois voilées.
La Régie des voies aériennes (RVA) ouvre le bal des changements. Tryphon Kinkey Mulumba est reconduit à la présidence du Conseil d’administration, un poste qu’il occupe déjà, signe d’une certaine continuité. Cependant, la direction générale voit l’arrivée de Blaise Londole, qui succède à Ngoma Mbaki, suspendu après les dysfonctionnements de l’aéroport de N’djili. Vincent Futa l’assiste en tant que directeur général adjoint. Cette nomination du RVA directeur général intervient dans un contexte où la sécurité et l’efficacité des aéroports congolais sont régulièrement pointées du doigt. Le président joue-t-il la carte de la stabilité technique pour rassurer les partenaires internationaux, ou s’agit-il simplement d’un changement de façade ?
Du côté de l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE), le renouvellement est tout aussi marqué. Jean-Marie Beya prend les rênes du Conseil d’administration, tandis que Soraya Aziz est propulsée à la direction générale, avec Marco Nkuyu comme adjoint. Cette triade aura pour mission délicate d’appliquer la réforme du secteur énergétique, un dossier brûlant où les attentes de la population sont immenses et les intérêts privés puissants. La nomination de Beya, figure connue du paysage institutionnel, est-elle le gage d’une régulation plus ferme, ou un simple parachutage politique ?
L’œil est surtout braqué sur la GECAMINES, la gigantesque entreprise minière dont les ressources sont cruciales pour l’économie nationale. Ici, le Président opère une séparation claire des pouvoirs. Baraka Kabemba est nommé directeur général, et c’est Deogratias Ngele Masudi qui devient président du Conseil d’administration de la GECAMINES. Cette dualité à la tête de la société d’État doit, en théorie, renforcer la gouvernance et la transparence. Mais dans les couloirs de la gouvernance minière, on s’interroge : cette nouvelle équipe pourra-t-elle réellement inverser la tendance des années de gestion opaque et de contre-performances ? La mission est titanesque, et les enjeux financiers colossaux.
Enfin, la Société minière de Kilomoto (SOKIMO SA) se voit dotée d’un nouveau comité de gestion complet. François Kakese Kimaza, issu du cabinet du Chef de l’État, en devient le président du Conseil d’administration. Yanick Nzonde Mulundu prend le poste de directeur général, et Placide Nkala Basadilwa celui de directeur général adjoint. Cette nomination à la SOKIMO, entreprise stratégique dans l’exploitation de l’or, semble récompenser la loyauté et l’expertise interne. Mais elle soulève également des questions sur l’indépendance de la gestion face à l’exécutif. Le nouveau PCA, ancien gestionnaire de la Qualité et des Performances à la présidence, saura-t-il imposer une vision entrepreneuriale libre des influences politiques ?
Ces ordonnances présidentielles nominations ne sont pas anodines. Elles interviennent dans un climat économique tendu, où les entreprises publiques sont sommées de contribuer davantage aux finances de l’État – une contribution évaluée à 25 millions de dollars selon des sources officieuses. Le Président, par ces gestes, affirme son contrôle sur le levier économique que constituent ces sociétés. Cependant, derrière l’affichage de renouveau, persiste le soupçon d’un clientélisme d’État. Les nouveaux mandataires, souvent issus des cercles proches du pouvoir, auront-ils la marge de manœuvre nécessaire pour réformer en profondeur ?
La conclusion de cette série de nominations dessine une carte politique où la loyauté et la technicité semblent se mêler. Pour l’opposition et les observateurs, ces mouvements sont autant de preuves de la mainmise de l’exécutif sur les instruments économiques du pays. Les prochains mois seront déterminants : il s’agira de voir si ces nouveaux dirigeants parviendront à améliorer la performance des entreprises publiques, ou si elles resteront des outils de redistribution politique. Le défi est de taille, et l’opinion publique, elle, attend des résultats tangibles.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
