Dans un contexte marqué par des décennies de violations systématiques des droits fondamentaux, la Première ministre Judith Suminwa a inauguré ce jeudi au palais du peuple de Kinshasa la première édition du forum national des droits humains en RDC. Cette initiative du ministre Samuel Mbemba représente-t-elle un tournant décisif dans la politique des droits de l’homme congolaise ou simplement une nouvelle déclaration d’intentions dans un pays habitué aux discours sans lendemain ?
Pendant deux jours, les experts, représentants gouvernementaux et acteurs de la société civile devront évaluer la situation des droits humains dans un pays où la violence persistante continue de faire des ravages. La cheffe du gouvernement a martelé que la protection des droits humains constitue le socle du développement et de la cohésion nationale, rappelant l’importance stratégique de ce forum pour la justice transitionnelle Congo.
Le ministre Samuel Mbemba, architecte de cette rencontre historique, n’a pas mâché ses mots en dénonçant le silence coupable de la communauté internationale face aux dix millions de Congolais victimes de massacres. Son plaidoyer pour la reconnaissance du Génocost – ces génocides perpétrés pour des gains économiques – résonne comme un cri d’alarme lancé à la face du monde. Le ministre des droits humains RDC a particulièrement insisté sur la nécessité d’établir un narratif commun et des chiffres concordants pour porter efficacement ce combat sur la scène internationale.
La dimension géopolitique n’a pas été éludée, Samuel Mbemba pointant du doigt le Rwanda qu’il accuse de mener une campagne de sape contre le FONAREV, ce fonds créé par le président Félix Tshisekedi pour la prise en charge des victimes des guerres. Cette accusation intervient dans un climat régional toujours aussi tendu, où les relations diplomatiques peinent à apaiser les contentieux historiques.
Paul Nsapu, président de la Commission nationale des droits de l’homme, a pour sa part plaidé pour une initiative législative audacieuse : la reconnaissance par l’Assemblée nationale du génocide congolais. Cette proposition, si elle aboutissait, constituerait un acte de souveraineté morale et historique affirmant la volonté du peuple congolais de nommer la vérité, de préserver la mémoire des victimes et de jeter les bases d’une justice réparatrice.
Judith Suminwa a fixé des objectifs concrets à ces assises : l’élaboration d’un rapport détaillé sur l’état de droit et un plan stratégique global pour le plaidoyer en faveur de la reconnaissance mondiale des atrocités perpétrées en RDC. La Première ministre joue-t-elle son crédit politique sur ce dossier sensible, sachant que l’échec de cette initiative pourrait fragiliser durablement sa position au sein d’un exécutif encore en phase de consolidation ?
Ce forum droits humains RDC représente un test crucial pour la capacité du gouvernement à transformer les déclarations d’intention en actions concrètes. La communauté internationale observera avec attention si les résolutions issues de ces travaux se traduiront par des avancées tangibles en matière de justice transitionnelle et de reconnaissance du Génocost, ou si elles rejoindront le cimetière des bonnes intentions non suivies d’effets.
Alors que les travaux se poursuivent, une question demeure : ce forum marquera-t-il le début d’une nouvelle ère dans la protection des droits humains en RDC ou simplement un exercice de communication politique de plus ? La réponse dépendra de la capacité des autorités à mettre en œuvre les recommandations qui émergeront de ces deux jours de réflexion intensive sur la justice transitionnelle Congo et la reconnaissance du Génocost.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
