À Tshikapa, l’attente s’étire devant les guichets des banques, dans la chaleur lourde du Kasaï. Des enseignants venus des territoires de Kamonia, Tshikapa et Luebo y patientent depuis des semaines, loin de leurs salles de classe. La rentrée scolaire du 1er septembre est déjà loin, mais pour eux, le chemin du retour reste suspendu à une formalité bancaire qui n’en finit pas.
Une transition bancaire qui bloque les salaires
Le transfert des comptes des enseignants de la maison de transfert d’argent Finca vers Advans Banque devait fluidifier le paiement des rémunérations. Mais depuis juin, les opérations d’identification traînent, et les enseignants se retrouvent pris dans un imbroglio administratif. « On nous parle à la banque de comptes dormants, de comptes non crédités ou de restrictions… Des termes que nous ne comprenons pas », confie l’un d’eux, bloqué à Tshikapa. Trois mois de salaires restent impayés, alors que de nouveaux comptes ont pourtant été ouverts.
Cette situation crée un paradoxe douloureux : les enseignants sont officiellement en règle, mais leurs revenus demeurent inaccessibles. Les termes techniques employés par la banque ajoutent à la confusion, laissant ces professionnels de l’éducation dans une attente qui épuise autant les corps que les esprits. Chaque jour passé à Tshikapa est un jour de plus sans salaire, et un jour de moins dans les classes où les élèves attendent.
Des classes vides et des vies en suspens
Dans les écoles des territoires concernés, les élèves sont privés de cours. Leurs enseignants, retenus à Tshikapa pour finaliser les démarches, ne peuvent regagner leurs postes. La prolongation de leur séjour entraîne des dépenses supplémentaires de logement, de restauration et de déplacement, alors qu’ils affirment ne pas avoir perçu leurs salaires depuis trois mois. « Qu’on nous paie d’abord avant que nous ne rentrions », réclame un enseignant, résumant le sentiment général.
Cette absence prolongée pèse sur toute la communauté éducative. Les élèves, déjà fragilisés par un contexte économique difficile, voient leur année scolaire compromise. Les parents, impuissants, assistent à une rentrée qui n’a pas vraiment eu lieu. L’école, lieu de transmission et d’espoir, se trouve réduite au silence, faute d’adultes pour en ouvrir les portes.
Un drame révélateur de la détresse
Jeudi dernier, la situation a pris un tour tragique : un enseignant venu de Kasadisadi est décédé alors qu’il attendait devant les guichets d’une banque, rapportent des sources sur place. Les circonstances exactes de ce décès n’ont pas été précisées, mais l’événement souligne la précarité et l’épuisement de ces professionnels de l’éducation, pris entre l’obligation administrative et la survie quotidienne.
Ce drame, au-delà de l’émotion qu’il suscite, met en lumière la fragilité d’un système où la dignité des enseignants est mise à l’épreuve. Attendre debout, sans certitude de paiement, devient une épreuve physique et morale. La mort de cet enseignant, survenue dans l’anonymat d’une file d’attente, interroge sur les conditions réelles de ceux qui portent l’avenir du pays.
Un appel aux autorités pour débloquer la crise
Face à cette impasse, les enseignants demandent aux autorités provinciales et nationales d’intervenir pour accélérer les opérations d’identification et permettre le déblocage de leurs rémunérations. Les tentatives de contact avec les autorités éducatives locales n’ont pas abouti, selon les informations disponibles. En attendant, les salles de classe restent silencieuses, et l’avenir scolaire de nombreux élèves du Kasaï demeure suspendu à une question de comptes bancaires.
La résolution de cette crise ne dépend pas seulement de la technique bancaire, mais d’une volonté politique de considérer l’éducation comme une priorité. Chaque jour de retard est une perte pour les enfants, pour les familles et pour toute une région. Les enseignants, eux, ne demandent qu’à retourner devant leurs tableaux, à condition que leur travail soit enfin reconnu à sa juste valeur.
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Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
