Le week-end dernier, la ville de Diafarabé, dans le centre du Mali, a vécu un moment aussi rare qu’intense. Après plus d’un an de blocus imposé par les jihadistes du Jnim, lié à Al-Qaïda, un convoi humanitaire escorté par l’armée malienne a finalement franchi les axes isolés de la région. Des camions chargés de riz, de mil et d’huile ont été accueillis par une foule en liesse, criant « Bamako ne nous oublie pas » et « Nous nous sentons maliens à nouveau ». Une éclaircie dans un quotidien marqué par la peur et la privation.
Pourtant, derrière les scènes de joie, la réalité demeure implacable. Le blocus de Diafarabé, mis en place en mai 2025, n’est pas levé. Si la saison sèche a rendu les routes praticables, permettant l’arrivée de ce convoi de vivres, la saison des pluies redonnera aux groupes armés le contrôle des axes fluviaux, principaux corridors d’approvisionnement de cette cité riveraine du fleuve Niger. L’embargo sur les aliments ne fait que marquer une pause.
L’opération logistique, orchestrée par les forces régulières, a nécessité le remplacement d’un bataillon entier, ravitaillé à son tour sur place. Une démonstration de force qui illustre la difficulté pour l’armée malienne de tenir le terrain face à des jihadistes maîtrisant parfaitement la géographie locale. Le Jnim, groupe affilié à Al-Qaïda, n’a jamais caché sa stratégie : étrangler les communautés soupçonnées de collaborer avec l’État malien ou les forces internationales. Mais jusqu’à quand cette tactique pourra-t-elle étrangler sans riposte une population civile qui ne demande qu’à survivre ?
Les habitants de Diafarabé, eux, oscillent entre soulagement et colère sourde. « Nous nous sentons pris au piège entre les jihadistes et les troupes régulières », confient des porte-parole locaux. Leur demande est claire : une intervention musclée pour briser définitivement le blocus. Car depuis un an, chaque jour sans ravitaillement rapproche la menace de famine. Or, la méfiance envers l’armée malienne est exacerbée par un souvenir douloureux : il y a douze mois, 23 civils étaient exécutés dans la zone, et les résultats de l’enquête militaire n’ont jamais été rendus publics. Cette opacité nourrit le sentiment d’abandon.
Sur le plan géopolitique, le retour d’un convoi humanitaire à Diafarabé envoie un signal ambigu. D’un côté, il démontre la volonté de Bamako de réaffirmer sa souveraineté sur l’ensemble du territoire, dans un contexte où la junte au pouvoir a rompu avec la France et s’est tournée vers la Russie. De l’autre, il révèle la fragilité de ce contrôle. Les jihadistes du Jnim, bien que discrets ces dernières semaines, n’ont pas désarmé. Ils s’adaptent aux mouvements des soldats maliens et attendent le premier orage pour refermer l’étau sur la cité lacustre.
Les observateurs internationaux s’inquiètent d’une nouvelle crise humanitaire dans le centre du Mali si l’accès à Diafarabé n’est pas sécurisé de manière pérenne. « Les conditions d’un siège prolongé sont toujours réunies », note un analyste régional. La population, elle, a appris à lire les signes : l’arrivée de ces camions ne signifie pas la fin de l’embargo alimentaire, tout au plus un répit avant le retour des pluies. Combien de temps faudra-t-il encore pour que l’aide ne soit plus un événement exceptionnel, mais un droit ?
En attendant, les habitants célèbrent chaque sac de riz comme une victoire, conscients que la guerre silencieuse menée par les jihadistes se poursuit, inexorable. La question reste posée : l’armée malienne saura-t-elle transformer cette brèche en une véritable ouverture, ou Diafarabé retournera-t-elle dans l’ombre du blocus dès les premières crues ?
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: mediacongo.net
