La ministre de l’Enseignement supérieur, recherche scientifique et innovation, Marie-Thérèse Sombo, a plaidé vendredi 13 juin pour une réforme constitutionnelle visant à mieux intégrer les enjeux scientifiques et éducatifs dans la loi fondamentale de la République démocratique du Congo. Lors de la clôture d’un colloque scientifique national évaluant la Constitution du 18 février 2006, vingt ans après son adoption, elle a souligné les insuffisances du texte actuel pour soutenir le développement du secteur.
Un cadre juridique jugé inadapté aux réalités du supérieur
Selon la professeure Sombo, la Constitution de 2006 ne distingue pas clairement les différents niveaux d’enseignement. « La Constitution de 2006 est une base pour nous, mais elle est insuffisante parce qu’elle ne distingue pas l’enseignement supérieur de l’enseignement primaire ou secondaire », a-t-elle expliqué. Cette absence de différenciation empêche de prendre en compte les besoins spécifiques des universités et instituts supérieurs, notamment en matière de gouvernance et de financement.
La ministre a également pointé l’absence de référence explicite à l’innovation dans le texte constitutionnel. Pour elle, cette lacune est préjudiciable dans un contexte mondial où la compétitivité des nations repose de plus en plus sur la capacité à produire des connaissances nouvelles et à les transformer en applications concrètes.
Le manque d’autonomie constitutionnelle des universités
Autre critique majeure avancée par Marie-Thérèse Sombo : la centralisation excessive des pouvoirs à Kinshasa, qui limite le développement autonome des institutions académiques. « Les universités sont sans autonomie constitutionnelle et la science n’a pas vraiment sa place », a-t-elle regretté. Ce déficit d’autonomie freine, selon elle, la capacité du système universitaire à innover, à s’adapter aux besoins du marché du travail et à contribuer efficacement au développement national.
La ministre a illustré son propos en citant plusieurs articles de la Constitution. L’article 43 consacre le droit à l’éducation et la gratuité de l’enseignement primaire, sans mention spécifique du supérieur. L’article 45 évoque l’accès à l’enseignement national de manière générale, sans distinction claire. Quant à l’article 46, il traite de la liberté de la recherche scientifique et de la protection de la propriété intellectuelle, mais sans approfondir les enjeux liés à l’innovation et au développement technologique.
Vers une réforme pour ancrer la science dans l’économie du savoir
Face à ces constats, la ministre a plaidé pour une réforme constitutionnelle « ambitieuse », capable de doter le secteur de bases juridiques solides. L’objectif est de permettre à la RDC de s’inscrire pleinement dans l’économie mondiale du savoir, en renforçant les cadres institutionnels et financiers dédiés à la science et à l’innovation. « Aucune nation ne se développe sans science et aucune science ne prospère sans une Constitution qui la protège », a-t-elle affirmé, résumant ainsi l’enjeu central de cette démarche.
Pour les acteurs de l’enseignement supérieur, une telle réforme pourrait se traduire par une plus grande liberté de gestion des établissements, une meilleure allocation des ressources et une reconnaissance accrue du rôle de la recherche dans les politiques publiques. Elle pourrait également favoriser les partenariats avec le secteur privé et international, en offrant un cadre juridique plus stable et plus incitatif.
En définitive, le plaidoyer de Marie-Thérèse Sombo met en lumière un débat plus large sur l’adaptation de la Constitution aux défis contemporains du développement. Si la réforme aboutit, elle pourrait transformer en profondeur le paysage universitaire congolais et renforcer la contribution de la science à la croissance économique et sociale du pays.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
