La controverse autour de la révision ou du changement de la Constitution en République démocratique du Congo a pris une nouvelle tournure avec la prise de position des autorités traditionnelles. Réunies au sein de l’Alliance nationale des autorités traditionnelles du Congo (ANATC), elles ont proposé, dimanche 14 juin à Kinshasa, le recours à un « arbre à palabres » pour dégager un consensus national.
Un mécanisme coutumier pour sortir de l’impasse
Dans une déclaration publique, les chefs coutumiers ont suggéré la tenue d’un cadre de dialogue inspiré des pratiques ancestrales. L’« arbre à palabres » est présenté comme un espace d’échanges inclusifs et apaisés, capable de favoriser un large accord avant toute réforme constitutionnelle. Le chef coutumier Kitengeshi a affirmé que cette initiative vise à adapter la loi fondamentale aux réalités socioculturelles du pays tout en respectant les aspirations profondes du peuple congolais. « Nous marquons notre soutien à la nécessité d’adapter notre loi fondamentale aux réalités de nos us et coutumes et aux aspirations profondes de notre peuple », a-t-il déclaré.
Mise en garde contre la précipitation
Les autorités traditionnelles insistent sur la nécessité d’éviter toute hâte dans un processus aussi crucial. Une réforme constitutionnelle « ne doit être ni imposée ni conduite dans la précipitation », ont-elles souligné. Elles appellent à privilégier le dialogue et la concertation nationale à travers des mécanismes reconnus par la tradition. Cette position s’inscrit dans un contexte où le débat divise profondément la classe politique et la société civile.
Un contexte sécuritaire et politique préoccupant
Les chefs coutumiers rappellent que le pays fait face à de multiples défis, notamment une guerre d’agression attribuée au Rwanda et diverses crises internes. Dans ce climat, toute initiative susceptible de fragmenter la population doit être maniée avec prudence. « Cette initiative divise profondément les Congolais à un moment critique où notre pays […] a besoin de son unité sacrée », a affirmé le chef Kitengeshi. Ils appellent ainsi à la cohésion nationale et à la responsabilité collective pour préserver la stabilité.
Doutes sur la faisabilité d’un référendum
Les autorités traditionnelles expriment des réserves quant à l’organisation d’un éventuel référendum dans les conditions actuelles. Elles évoquent les difficultés liées à l’insécurité persistante dans certaines provinces, qui pourrait compromettre la participation de tous les citoyens. Elles jugent nécessaire de réunir au préalable les conditions politiques, sécuritaires et sociales garantissant un scrutin inclusif et crédible. Leur intervention s’appuie sur l’article 207, alinéa 1 de la Constitution, qui confère à l’autorité coutumière le devoir de veiller à la préservation du tissu social.
En proposant l’« arbre à palabres », les chefs coutumiers entendent remettre au cœur du processus décisionnel les valeurs de dialogue, d’écoute et de consensus. Une démarche qui pourrait contribuer à apaiser les tensions et à construire une réforme constitutionnelle représentative de la diversité congolaise, alors que les positions restent divergentes au sein de la classe politique et de la société civile.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
