Le 29 mai, lors du Conseil des ministres, le président Félix Tshisekedi a annoncé la création d’une Task Force pluridisciplinaire dédiée à la salubrité et à l’assainissement de Kinshasa. Placée sous le commandement direct du Lieutenant-Général Kasongo Kabwik Jean Pierre, cette structure vise à répondre aux défis de l’insalubrité urbaine. Pour le professeur Biey Makaly Emmanuel, expert en assainissement à l’Université de Kinshasa, cette initiative peut apporter des améliorations rapides, mais son efficacité durable dépendra de son intégration dans une stratégie globale.
Une structure opérationnelle pour coordonner les efforts
Selon le professeur Biey Makaly, une Task Force d’assainissement est une structure multisectorielle chargée de coordonner, planifier et superviser les actions pour améliorer le cadre de vie des habitants. Elle doit assurer un environnement sain par une gestion efficace des déchets, la lutte contre les inondations et l’amélioration de l’hygiène publique. Ses missions incluent la coordination des acteurs, la sensibilisation de la population et le suivi des actions engagées. L’expert déplore toutefois que les universités, notamment l’UNIKIN, ne soient pas citées parmi les structures appelées à composer cette Task Force, ce qui pourrait priver l’initiative d’une expertise scientifique précieuse.
Une réponse d’urgence aux défis de la salubrité
L’approche Task Force peut constituer une réponse efficace aux défis actuels de la salubrité à Kinshasa, à condition d’être bien structurée et dotée de moyens suffisants. Elle permet de mobiliser rapidement des ressources humaines, matérielles et financières pour des actions visibles à court terme, en impliquant les communes, les quartiers, les PME, les ONG et les entreprises privées. Sous un commandement fort, elle pourrait lutter contre les dépôts anarchiques, faire appliquer les réglementations environnementales et sanctionner les infractions. Cependant, le professeur prévient qu’une Task Force seule ne résoudra pas durablement les problèmes si les infrastructures de gestion des déchets restent insuffisantes, si les financements ne sont pas pérennes et si les comportements des citoyens ne changent pas. Il insiste sur la nécessité d’élaborer un schéma directeur d’assainissement et de gestion des déchets.
Le rôle clé du Lieutenant-Général Kasongo Kabwik
Placer la Task Force sous le commandement du Lieutenant-Général Kasongo Kabwik Jean Pierre présente plusieurs avantages dans le contexte complexe de Kinshasa. Selon le professeur Biey Makaly, cela peut renforcer l’autorité et la discipline, améliorer la coordination opérationnelle, accélérer les interventions et mobiliser une logistique importante. Cette nomination constitue également un signal fort de l’engagement des autorités en faveur de l’assainissement, ce qui peut encourager la participation citoyenne. Toutefois, le succès dépendra aussi d’un cadre légal clair, de l’implication des autorités civiles et des communes, d’un financement durable et de la participation active des communautés locales. Le général peut apporter le leadership et la capacité opérationnelle, mais l’efficacité à long terme exige une gouvernance associant experts environnementaux, collectivités locales, secteur privé et citoyens.
Vers une stratégie durable pour Kinshasa
L’initiative présidentielle répond à une urgence : l’insalubrité chronique de la capitale congolaise, qui affecte la santé publique et le cadre de vie des ménages. En misant sur une coordination renforcée et une autorité militaire, elle pourrait produire des résultats rapides, comme le nettoyage des dépôts sauvages ou l’application des règles d’hygiène. Mais pour le professeur Biey Makaly, cette Task Force doit être considérée comme un instrument d’accélération et non comme une solution unique. Sans investissements dans les infrastructures de collecte et de traitement des déchets, sans éducation citoyenne et sans planification à long terme, les améliorations risquent d’être temporaires. L’enjeu économique est également crucial : une ville plus propre peut réduire les coûts de santé liés aux maladies hydriques et attirer des investissements. La réussite de cette Task Force dépendra donc de sa capacité à s’articuler avec une politique urbaine cohérente, impliquant tous les acteurs, y compris les universités, pour transformer l’essai en progrès durable.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
