Décision choc au sein de l’Alliance des Congolais Progressistes (ACP). Le président national, Gentiny Ngobila Mbaka, a annoncé le 1er juin la suspension à titre préventif de son secrétaire général, Charles Mbutamuntu. La mesure, motivée par des faits qualifiés de « haute trahison », signale une rupture brutale entre les deux hommes et révèle des fissures internes à l’approche des prochaines compétitions électorales.
Selon la décision signée par l’ancien gouverneur de la ville de Kinshasa, Charles Mbutamuntu est accusé d’avoir délibérément privilégié les activités de sa fondation personnelle, la Fondation Charles Mbutamuntu, au détriment de celles du parti. Un incident précis a cristallisé les reproches : une réunion tenue dans la commune de la N’sele par une cellule de l’ACP, où des militants arborant les couleurs du parti auraient consacré leurs interventions à vanter les mérites de ladite fondation, sans faire la moindre référence au projet politique ou aux valeurs de l’ACP.
Pour Gentiny Ngobila, cet épisode constitue un « détournement des militants et des cadres du parti au profit d’intérêts personnels », en violation flagrante des statuts et du règlement intérieur. La qualification de « haute trahison » est lourde de sens : elle suppose une intention délibérée de nuire aux intérêts collectifs du parti, et vient sanctionner ce qui est perçu comme une tentative de créer une base parallèle au sein même des structures locales.
En attendant l’examen de son dossier par la commission de discipline, Charles Mbutamuntu est suspendu de toutes les activités de l’ACP. Il lui est formellement interdit de s’exprimer au nom du parti ou d’intervenir dans ses organes internes. Cette mise à l’écart provisoire le prive de toute visibilité institutionnelle et fragilise sa position, alors même qu’il occupait la deuxième fonction la plus élevée dans la hiérarchie du parti.
Cette affaire met en exergue des tensions latentes au sein de la formation politique. La personnalité et le leadership de Gentiny Ngobila, figure incontestée de l’ACP, sont ici réaffirmés de manière autoritaire. En frappant si durement son plus proche collaborateur, l’ex-gouverneur envoie un message clair à l’ensemble des cadres : aucune déviation, aucune ambiguïté dans les allégeances ne sera tolérée, surtout à un moment où le parti doit serrer les rangs.
L’ACP, comme beaucoup de partis congolais, évolue dans un contexte pré-électoral marqué par des recompositions d’alliances et une concurrence accrue pour le positionnement politique. Le contrôle des militants et la discipline interne deviennent des enjeux stratégiques. La décision de Ngobila illustre la volonté de verrouiller l’appareil du parti et de neutraliser tout foyer de contestation ou de double loyauté.
Pour Charles Mbutamuntu, la suite dépendra des conclusions de la commission de discipline. La « haute trahison » est un motif qui, s’il est confirmé, pourrait entraîner une exclusion définitive. Mais l’intéressé pourrait également arguer d’un conflit de personnes ou d’une instrumentalisation des faits. Quoi qu’il en soit, cette crise ouvre une période d’incertitude pour l’ACP, qui devra démontrer sa capacité à gérer ses contradictions internes sans compromettre son élan politique.
En définitive, la suspension de Charles Mbutamuntu par Gentiny Ngobila dépasse le simple incident disciplinaire. Elle révèle les mécanismes de pouvoir au sein d’un parti où le chef entend incarner sans partage l’autorité. À l’approche des échéances politiques, cette fermeté pourrait soit consolider la cohésion interne, soit exacerber des divisions larvées. L’issue de la procédure disciplinaire sera scrutée de près, tant par les militants que par les observateurs de la scène politique congolaise.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
