AccueilActualitéSociétéRDC: commission jeunes parlementaires sur la réforme constitutionnelle

RDC: commission jeunes parlementaires sur la réforme constitutionnelle

Dans une salle de l’hémicycle du Palais du Peuple à Kinshasa, ce samedi 30 mai 2026, l’ambiance était à la fois solennelle et électrique. Une trentaine de jeunes députés et sénateurs, membres du Réseau des jeunes parlementaires (RJP), venaient de prendre une décision qui pourrait peser dans le débat national le plus sensible du moment : la création d’une Commission des Lois dédiée à la collecte des avis citoyens sur la réforme constitutionnelle. Pour ces élus de la génération montante, il ne s’agit pas d’une simple manœuvre politique, mais d’une tentative, disent-ils, de rapprocher le processus législatif des préoccupations réelles de la population.

Coiffant la casquette de rapporteur du RJP, Patrick Eshiba Kasemuana a été désigné pour coordonner cette commission. Sa mission : sillonner le pays, ou du moins multiplier les rencontres à Kinshasa et dans les provinces, pour entendre la voix des experts, des universitaires, des chefs de quartier, des mouvements de jeunesse et des organisations de la société civile. « Nous voulons que cette réforme, si elle a lieu, ne soit pas le fait d’un petit cercle au sommet de l’État, mais qu’elle reflète les aspirations de toutes les Congolaises et de tous les Congolais », a-t-il martelé devant ses pairs.

La décision du RJP intervient alors que le président Félix Tshisekedi a lui-même relancé l’idée d’une réflexion nationale sur l’adaptation de la Constitution, un texte hérité de la transition de 2006 et que beaucoup jugent inadapté aux réalités actuelles. Le chef de l’État bénéficie du soutien affiché de ces jeunes parlementaires, le président du RJP, Ron Roger Bimwala, ayant réaffirmé son adhésion à cette démarche. Un appui qui, pour certains observateurs, brouille la frontière entre initiative parlementaire indépendante et émanation d’un agenda présidentiel. Les plus sceptiques y voient une commission « alibi », destinée à donner un vernis démocratique à une révision constitutionnelle dont les contours restent flous.

Pourtant, il serait trop simple de réduire cette initiative à un simple calcul politicien. Derrière les discours policés, on sent chez ces jeunes élus une réelle envie de briser le plafond de verre qui les cantonne souvent au rôle de figurants dans les grandes décisions. « Nous ne sommes pas que l’avenir du pays, nous sommes aussi son présent. Il est temps que notre génération prenne toute sa place », confiait une participante en marge de la plénière. L’implication de la jeunesse dans la réforme constitutionnelle pourrait être une occasion unique de restaurer la confiance entre les institutions et une population qui, trop souvent, perçoit le Parlement comme une tour d’ivoire.

Concrètement, comment cette commission va-t-elle fonctionner ? Le RJP promet des consultations « inclusives et transparentes », avec des auditions publiques, des questionnaires en ligne et des débats dans les universités. Les conclusions seront synthétisées dans un document qui sera remis au bureau du Réseau, puis aux instances compétentes de l’Assemblée nationale et du Sénat. Une ambition louable, mais dont le succès dépendra des moyens alloués et de la volonté politique réelle d’en tenir compte. Sans budget dédié ni calendrier précis, le risque est grand de voir ce travail se perdre dans les méandres administratifs.

La réunion du RJP a aussi été l’occasion de dresser un bilan de la session parlementaire en cours. Les jeunes élus se sont félicités de l’organisation d’une formation certifiante en légistique, une première du genre, qui a permis à plusieurs députés de mieux maîtriser l’art d’écrire la loi. Plusieurs initiatives parlementaires portées par le Réseau ont également été suivies, touchant à l’entrepreneuriat des jeunes, à l’éducation ou à la lutte contre les violences faites aux femmes. Autant de signaux qui montrent que ces élus entendent bien peser sur l’agenda législatif.

Mais la route est encore longue. Dans un pays où les institutions restent fragiles et la corruption endémique, le défi pour ces jeunes parlementaires est immense. Ils devront naviguer entre les injonctions de leurs partis, les pressions des ainés et les attentes souvent contradictoires de leurs électeurs. La commission sur la Constitution sera un test grandeur nature de leur capacité à porter une parole indépendante et à transformer les doléances citoyennes en propositions concrètes. Beaucoup de Congolais les regardent avec un mélange d’espoir et de méfiance. « On a déjà vu tellement de commissions qui n’ont jamais abouti », soupire un étudiant de l’Université de Kinshasa, joint par téléphone. « Mais si ces jeunes peuvent vraiment faire bouger les lignes, pourquoi pas les soutenir ? »

En attendant, la machine est lancée. La Commission des Lois du RJP entamera ses travaux dans les prochains jours, avec l’ambition affichée de rendre sa copie avant la fin de la session parlementaire ordinaire. Pour le Congo, c’est une nouvelle page du débat constitutionnel qui s’ouvre, avec la promesse – ou l’illusion – d’une démocratie plus participative. L’histoire jugera si les jeunes parlementaires ont su saisir cette occasion pour démontrer que la politique n’est pas qu’une affaire de vieux sages et de combinaisons obscures.

Article Ecrit par Chloé Kasong

Source: actu30.cd

Commenter
Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici
Are you human? Please solve:Captcha


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Le Brief du Jour du 01 Juin 2026

Crise institutionnelle et tension sociale autour du référendum, enjeux sécuritaires à l’Est avec de nouvelles exigences du Rwanda, mobilisation régionale accélérée contre Ebola, avertissement sur l’identification et élections, revers sportifs : ce 1er juin, la RDC conjugue tourments politiques, défis sanitaires et ambitions nationales dans un climat de mobilisation.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques