En République démocratique du Congo, le sport féminin peine à s’imposer. Derrière le talent et la détermination de nombreuses jeunes filles se cache une réalité bien plus sombre : préjugés tenaces, infrastructures inadaptées et une éducation physique reléguée au second plan. Candyce Nzolantima, Directrice générale de New Image Group, tire la sonnette d’alarme. À travers son projet « Appelons la Jeune fille et Consultons-la ! », elle mène un combat sans relâche pour déconstruire les idées reçues et offrir aux femmes la place qu’elles méritent dans l’univers sportif congolais.
Dans un entretien exclusif, elle pointe du doigt les racines du mal. « Le cours d’éducation physique est trop souvent présenté comme facultatif pour les filles », dénonce-t-elle. Dans des cours de récréation exiguës, les séances sont régulièrement annulées, et lorsque le sport a lieu, la priorité est donnée aux garçons pour des matchs de football ou de basket. Une marginalisation qui, dès le secondaire, étouffe la passion sportive des jeunes congolaises.
Mais l’obstacle le plus profond reste culturel. Les mythes pullulent : certaines familles interdisent aux adolescentes de sauter par peur que leur poitrine ne “tombe”, une absurdité scientifique que Candyce Nzolantima balaye d’un revers. « Aujourd’hui, il existe des soutiens-gorge adaptés au sport », rappelle-t-elle. À cela s’ajoute une gêne bien réelle : se présenter en tenue près du corps devant les garçons expose les jeunes filles aux moqueries et aux regards déplacés. La peur de l’hypersexualisation les pousse à esquiver le cours, tandis que persiste la croyance erronée d’une masculinisation du corps féminin, qui ne survient qu’avec des entraînements intensifs de force. Sans oublier le tabou des règles : beaucoup craignent les fuites, ignorant que le sport réduit les douleurs menstruelles et que les protections hygiéniques sont parfaitement adaptées.
Face à ce tableau, le système éducatif congolais porte une lourde part de responsabilité. « L’EPS est reléguée au rang de discipline mineure, une simple case à cocher. On oublie qu’elle enseigne la discipline, le leadership et la résilience », s’indigne Candyce Nzolantima. Loin d’être un simple défouloir, le sport est un levier pédagogique trop longtemps négligé.
C’est pour renverser cette tendance que New Image Group a lancé son projet phare. L’approche est participative : des focus groups dans les écoles du secondaire recueillent le ressenti des élèves. « Nous leur demandons ce qu’elles savent de l’EPS, si elles l’aiment, pourquoi elles la boudent », explique-t-elle. Puis viennent des conférences avec des femmes modèles, à l’image de Geneviève Lukusa, ancienne arbitre internationale de football, ou de Sharon Muleka, entrepreneure épanouie et boxeuse depuis l’enfance. « Elles déconstruisent les préjugés en montrant que sport et féminité ne s’opposent pas », se réjouit l’initiatrice. Ces échanges concrets nourrissent ensuite des programmes d’action. L’objectif : bâtir une génération de femmes leaders, autonomes et en bonne santé.
Mais le combat ne s’arrête pas aux portes des écoles. Dans le monde professionnel, le constat est amer. « La femme congolaise est multitâche : foyer, enfants, travail. En fin de journée, la fatigue écrase toute velléité sportive », observe Candyce Nzolantima. En entreprise, les activités physiques demeurent quasi exclusivement masculines, le sport étant perçu comme un loisir secondaire. Elle salue toutefois les pionnières qui organisent des parties de Nzango, ce jeu traditionnel qui éveille enthousiasme et nostalgie, mais appelle à diversifier l’offre : fitness, marche, yoga, avec des horaires flexibles pour s’adapter aux réalités familiales.
Aux chefs d’établissements, elle lance un appel vibrant : « Investissez dans la santé de vos élèves. Offrez aux filles l’espace et les moyens de bouger. » Aux dirigeants d’entreprises, elle oppose un argument imparable : « Une collaboratrice épanouie physiquement est plus productive, moins stressée et développe des compétences de leadership précieuses. Le sport n’est pas un coût, c’est un investissement. »
L’avenir, elle le voit structuré autour de trois axes : étendre le projet à un maximum d’écoles pour ancrer des habitudes saines, créer des « Corporate Wellness Days » pour les salariées, et porter un plaidoyer puissant pour des infrastructures sportives scolaires et de proximité. « Notre objectif ultime est de faire de la femme active et en santé la norme de la société congolaise », conclut-elle. Une ambition qui, si elle se concrétise, pourrait bien changer le visage du sport — et de la société — en RDC.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: Eventsrdc
