AccueilActualitéPolitiquePaix au prix du coltan : Kigali exige sa part de Rubaya

Paix au prix du coltan : Kigali exige sa part de Rubaya

Le masque vient-il de tomber ? Depuis des années, Kigali justifie son implication dans l’Est de la République démocratique du Congo par un discours sécuritaire : démanteler les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et protéger les Tutsis congolais. Mais une information rapportée par la BBC révèle une tout autre réalité : le Rwanda poserait désormais une condition sonnante et trébuchante pour cesser les hostilités — un pourcentage sur la mine de Rubaya, ce site stratégique qui fournit à lui seul près de 15 % du coltan mondial.

Ce basculement brutal du narratif défensif vers une logique ouvertement prédatrice éclaire d’un jour cru la nature du conflit. Le prétexte humanitaire s’effondre, laissant place à ce que Kinshasa dénonce depuis le début : une guerre de ressources où le coltan rdc joue un rôle central. La condition posée par Kigali n’est plus une exigence sécuritaire, mais un véritable chantage économique : « Donnez-nous Rubaya ou la guerre continue. »

Face à cette révélation, l’analyste Louis Akilimali, professeur et expert en résolution des conflits, esquisse trois hypothèses qui méritent toute l’attention des observateurs. La première, d’une brutalité cynique, ramène à la logique du butin : contrôler la mine Rubaya, c’est sécuriser des centaines de milliers de dollars par mois pour financer l’effort militaire et récompenser les combattants. Le conflit ne serait alors qu’une entreprise prédatrice, où la guerre paie bien mieux que la paix. Le plan de désarmement perd toute crédibilité : pourquoi déposer les armes quand le pillage rapporte plus ?

La deuxième hypothèse, plus diplomatique, envisage un deal « réaliste » : un pourcentage sur le coltan contre le retrait du M23 et une rupture définitive avec les FDLR. Un troc cynique de souveraineté, déjà expérimenté au Soudan du Sud ou en Centrafrique. « Mieux vaut céder un pourcentage que perdre Goma et mille civils par mois », murmurent certains négociateurs. Mais pour le professeur Akilimali, la RDC ne devrait pas avoir à choisir entre une paix injuste et une guerre juste. La question demeure : à quel prix acheter le silence des armes ?

La troisième hypothèse rappelle que, dans l’ombre, la désinformation est aussi une arme. La BBC relaye, mais qui manipule les sources ? Kigali, Paris ou Kinshasa ? Cette fuite pourrait être un ballon d’essai pour tester l’opinion internationale, alors que les médiations se multiplient sous l’égide de l’Union européenne. Le rôle de la France, en particulier, suscite un malaise grandissant. Emmanuel Macron se pose en médiateur, mais Paris semble juge et partie dans le dialogue rwando-congolais. Le Parlement européen a pourtant parlé clair : en février 2025, un vote historique exigeait l’abrogation du mémorandum sur les minerais stratégiques signé en 2024 avec Kigali, un accord fondé sur des ressources « volées » en RDC. Mais Bruxelles refuse obstinément de réviser ce partenariat, soucieuse de sécuriser ses approvisionnements en coltan.

Cette posture paradoxale mine toute crédibilité de la médiation européenne. Si Paris tolère en sous-main un partage de Rubaya, l’image de la France et de l’UE s’effondrera durablement en Afrique francophone. La paix, une fois de plus, ne saurait rimer avec capitulation. Rubaya n’est pas à négocier : ce sol est congolais. Le rwanda condition paix ne peut se monnayer sur le dos d’un peuple saigné par deux décennies de prédation. L’opinion congolaise, unanime, le clame : aucun pourcentage, aucun chantage de Kigali ne sera accepté.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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