Ce mercredi 3 juin 2026, Kinshasa pourrait retenir son souffle. La coalition d’opposition C64 a décrété une journée ville morte pour protester contre la proposition de loi Ngondankoy, perçue comme la clé de voûte d’un possible référendum constitution en RDC. Le retrait spectaculaire des députés d’Ensemble pour la République de la commission PAJ, avant l’examen du rapport, a jeté les bases de ce bras de fer. L’opposition y voit moins une réforme procédurale qu’un chemin détourné vers un troisième mandat Tshisekedi, et brandit l’article 64 comme un bouclier.
L’Alliance pour le Changement (A.Ch), fer de lance de cette contestation, a transformé son siège en quartier général de la résistance. Son secrétaire général adjoint, Boniface Makobo, n’a pas mâché ses mots : « Cet acte est une déclaration de guerre. Une fois la loi référendaire votée, le peuple doit se prendre en charge. » L’appel à une ville morte C64 dépasse les clivages partisans ; il s’adresse, selon l’A.Ch, à « l’ensemble du peuple congolais », invité à rester à domicile pour « mettre en application l’article 64 de la Constitution ». La mobilisation, présentée comme un premier test, pourrait se prolonger « jeudi, vendredi, jusqu’à ce que l’objectif soit atteint ».
Pour le camp Katumbi, Kabund et consorts, la loi Ngondankoy incarne une manœuvre de survie politique. « Le président a déjà eu deux mandats ; il est temps que le peuple évalue son bilan », assène un cadre. Derrière la querelle juridique se profile la crainte d’un mandat supplémentaire de sept ans, qui cadenasserait le chef de l’État jusqu’en 2033. L’opposition Kinshasa joue gros : si cette ville morte échoue, le régime Tshisekedi – qui la juge « faible » – en tirera avantage. Si elle réussit, la pression sur le Parlement en sortira décuplée.
Le débat a déjà accouché de deux blocs antagonistes : la coalition C64, opposée à toute révision, et la coalition C4, favorable à un toilettage du texte fondamental. Ce duel, quasi métaphysique, transforme chaque jour en une étape d’un long marathon politique. La rue devient l’arbitre, avec l’espoir ténu que la démocratie ne s’étouffe pas dans les arcanes d’une procédure référendaire taillée sur mesure.
L’échéance du 3 juin sera un révélateur, mais pas une fin. L’opposition promet des suites, et le pouvoir pourrait être tenté de muscler sa réponse. Entre mobilisation populaire et riposte institutionnelle, la RDC marche sur une corde raide. Le spectre du troisième mandat, lui, plane plus que jamais sur Kinshasa.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
