Chaque semaine, Kinshasa génère plus de 10 000 tonnes de déchets. Seule une infime partie est collectée. Le reste s’entasse dans des décharges sauvages, obstrue les caniveaux, pollue le fleuve Congo et transforme la capitale en un immense dépotoir à ciel ouvert. L’insalubrité chronique de Kinshasa n’est plus une simple nuisance : c’est une bombe sanitaire et environnementale à retardement.
Face à l’insalubrité Kinshasa, Félix Tshisekedi a décidé de riposter avec une mesure radicale. Lors du Conseil des ministres du 29 mai, il a annoncé la création d’une task force salubrité Kinshasa, une structure pluridisciplinaire placée sous son autorité directe. Dirigée par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, commandant du Service national, cette force paramilitaire devra rompre avec la « banalisation » d’une situation qui, selon le Chef de l’État, « affecte gravement l’image de la capitale, la santé publique et l’environnement ».
La task force réunira des experts du Service national, du cabinet présidentiel et des représentants des ministères de l’Intérieur, de la Défense, de l’Urbanisme, de la Santé, de l’Environnement et des Infrastructures, ainsi que de l’Hôtel de Ville de Kinshasa. Sa mission centrale : élaborer un plan assainissement Kinshasa permanent, identifier les points critiques d’insalubrité, proposer des mesures contraignantes de discipline urbaine et coordonner les opérations de terrain. Le lancement effectif est prévu dans les prochains jours, avec une réunion de cadrage convoquée par le Président pour définir les modalités opérationnelles.
Pourtant, l’histoire récente laisse planer le doute. De l’opération « Kin-Bopeto » au « Coup de poing » du gouverneur actuel, en passant par « Kin-Propre » et le salongo obligatoire, les initiatives se sont succédé sans jamais résoudre durablement la crise. Le projet PARAU, financé par l’Union européenne de 2007 à 2015, avait permis d’évacuer jusqu’à 9 000 tonnes de déchets par semaine avec un budget d’un million de dollars mensuels. Mais après le désengagement de Bruxelles, le relais de l’État congolais a été défaillant : camions en panne faute de carburant, agents impayés, stations de transfert à l’abandon. Résultat, les ordures ont reconquis les avenues, faisant de Kinshasa une « capitale poubelle ».
Les conséquences sont désastreuses. Les eaux stagnantes attirent moustiques et choléra ; les plastiques étouffent le fleuve Congo, poumon aquatique de l’Afrique centrale ; les émanations toxiques des décharges sauvages empoisonnent l’air des quartiers populaires. Pour Félix Tshisekedi, l’insalubrité est devenue une urgence absolue. Selon l’OMS, les maladies liées à la mauvaise gestion des déchets – diarrhées, paludisme, infections respiratoires – sont la première cause de mortalité infantile en RDC. Kinshasa, mégapole de plus de 12 millions d’habitants, se noie littéralement dans ses propres détritus.
La task force de Félix Tshisekedi saura-t-elle éviter le syndrome des plans mort-nés ? Le lieutenant-général Kasongo Kabwik et son équipe devront composer avec un déficit chronique de moyens et une inertie administrative que même les injonctions présidentielles peinent à briser. La lutte contre insalubrité Kinshasa exige bien plus qu’une discipline paramilitaire : elle nécessite des investissements massifs, une mobilisation citoyenne et une révolution des comportements. Sans cela, cette énième tentative risque de rejoindre la longue liste des occasions manquées. La capitale, asphyxiée, n’a plus le luxe d’attendre un énième sursaut sans lendemain.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: Actualite.cd
