Dans un contexte de résurgence inquiétante du virus Ebola, le gouverneur de la province du Nord-Kivu, le général Kukule Somo, a pris une mesure choc : l’interdiction formelle de circuler avec un corps sans vie sans autorisation sanitaire préalable. Cette décision, communiquée ce mardi 19 mai, fait suite à la confirmation de trois cas suivis de décès dans les zones de santé de Goma, Katwa et Beni. Un véritable électrochoc pour une région déjà durement éprouvée par des années d’épidémies meurtrières.
Mais pourquoi une telle interdiction ? La réponse tient dans la nature même du virus Ebola. Extrêmement contagieux, l’agent pathogène se transmet par contact direct avec les liquides corporels – sang, salive, sueur, vomissures – d’une personne contaminée. Et le corps d’une victime constitue une source de contamination majeure, parfois pendant plusieurs jours après le décès. Imaginez une éponge imbibée d’un liquide hautement toxique : chaque manipulation sans précaution peut libérer le virus et infecter de nouvelles personnes. En interdisant la circulation des corps sans vie, les autorités du Nord-Kivu érigent une digue sanitaire essentielle pour contenir la propagation.
La conseillère du gouverneur en charge de la santé, Prisca Kamala Luanda, a été très claire : « un corps sans vie ne peut être manipulé qu’avec l’autorisation d’une autorité sanitaire compétente ». Cette disposition rappelle que la santé publique prime sur les rites funéraires traditionnels. Il ne s’agit pas d’un manque de respect envers les défunts, mais d’une riposte urgente pour protéger les vivants. Chaque famille endeuillée doit désormais collaborer avec les équipes médicales, seules habilitées à gérer ces dépouilles à risque.
Les mesures annoncées ne s’arrêtent pas là. Le transport des personnes lui-même est strictement encadré. Chaque chauffeur, qu’il s’agisse de véhicules privés ou de ces taxis collectifs populaires surnommés « Ya Leo-Leo », devra respecter scrupuleusement la capacité d’accueil de son engin. Objectif : éviter la promiscuité propice à la contamination. De leur côté, les taximen motards ne sont plus autorisés à embarquer qu’un seul passager. Une règle difficile pour ces conducteurs, mais vitale pour limiter les contacts.
Et sur les routes, comme aux entrées des bureaux, boutiques, églises ou écoles, un dispositif de contrôle systématique a été instauré. « À chaque point d’entrée, au point de contrôle ou même dans les espaces publics, acceptez de vous laver les mains et de vous soumettre à la prise de température par un agent de santé », a déclaré Prisca Kamala. Ce lavage des mains, geste simple en apparence, devient une véritable bouclier. Une analogie parlante ? Pensez à une barrière de feu qui empêche un incendie de se propager : chaque usager qui nettoie ses mains coupe la chaîne de transmission.
Pour les commerces et lieux de culte, l’obligation est la même : placer un dispositif de lavage devant chaque entrée. Hôtels, restaurants, bistrots, mosquées, magasins… nul n’est exempté. L’enjeu ? Faire de l’hygiène un réflexe collectif. Dans une province où le virus Ebola a déjà fait des milliers de victimes par le passé, ces précautions ne relèvent pas de l’excès de zèle. Elles rappellent que la lutte contre l’épidémie se joue avant tout sur le terrain de la prévention.
Certains pourraient s’interroger : ces règles ne sont-elles pas trop contraignantes ? Face à un ennemi aussi insidieux que le virus Ebola, le moindre relâchement peut coûter des vies. Les exemples récents des flambées épidémiques en Afrique de l’Ouest ont montré que la discipline collective fait la différence entre une crise maîtrisée et une catastrophe sanitaire. Au Nord-Kivu, chaque citoyen devient un maillon essentiel de la chaîne de protection.
En définitive, l’interdiction des corps sans vie, couplée aux limitations de transport et aux mesures d’hygiène, constitue un véritable plan de bataille pour la santé publique. La province mobilise toutes ses forces pour éviter une nouvelle hécatombe. À la population désormais de s’approprier ces consignes et d’en faire une arme contre Ebola. Car, comme le dit un adage médical, mieux vaut prévenir que guérir – surtout lorsqu’aucun vaccin ou traitement curatif n’est encore accessible à tous.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
