La décision du Rwanda de fermer ses frontières avec la République Démocratique du Congo (RDC) en réponse à la 17ᵉ épidémie d’Ebola dans la province de l’Ituri fait polémique. Lors d’un point de presse ce mardi 19 mai, le ministre congolais de la Santé, Roger Kamba, a dénoncé une mesure contraire au Règlement sanitaire international (RSI). Et pour cause : ce texte, signé par 196 pays dont le Rwanda, interdit explicitement la fermeture des frontières en cas d’épidémie, précisément pour ne pas entraver la circulation des biens et des personnes indispensables à la riposte sanitaire. Une position qui soulève une question essentielle : en barricadant ses postes-frontières, Kigali ne se tire-t-il pas une balle dans le pied ?
Comme l’a rappelé le ministre Kamba, « le règlement sanitaire international dit qu’il ne faut pas fermer des frontières en cas d’épidémie. On doit laisser circuler les personnes et les biens, mais on doit mettre des mesures de santé publique ». Derrière cette phrase, un principe simple : un virus ne s’arrête pas à une barrière. Isoler un pays touché, c’est risquer d’y asphyxier les chaînes d’approvisionnement en médicaments, en vaccins et en personnel soignant, tout en offrant au pathogène un terrain de propagation encore plus meurtrier. Pour faire simple, fermer les frontières face à Ebola, c’est un peu comme éteindre le détecteur de fumée au lieu de combattre l’incendie.
Au-delà du Rwanda, les États-Unis ont également durci leurs contrôles, limitant l’octroi de visas aux voyageurs passés par les zones touchées, dont la RDC. Une décision elle aussi pointée du doigt par le ministre, qui a martelé que le RSI ne prévoit aucune restriction de visas. Ces réactions en chaîne illustrent une vieille tentation : celle de l’isolement sanitaire, que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) déconseille formellement depuis l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest en 2014. Car chaque frontière fermée, c’est une porte d’entrée pour la désinformation et la peur, deux ennemies autrement plus contagieuses que le virus lui-même.
Pourtant, la situation en Ituri commande une vigilance de tous les instants. Selon la Division provinciale de la santé, la province enregistre désormais 513 cas suspects et 131 décès suspects liés à la maladie à virus Ebola. Trente cas ont été confirmés en laboratoire, et 541 personnes ayant été en contact avec des malades sont actuellement suivies. Ces chiffres, bien qu’alarmants, sont le fruit d’un système de surveillance renforcé. Ils ne signifient pas que l’épidémie est hors de contrôle, mais qu’elle est traquée avec minutie. En République démocratique du Congo, les équipes de riposte ont l’expérience des flambées précédentes – le pays a affronté 17 épidémies d’Ebola depuis 1976.
Mais l’actuelle épidémie en Ituri présente un défi de taille : elle est causée par la souche Bundibugyo, pour laquelle il n’existe ni vaccin ni traitement spécifique approuvés. Face à cette lacune, la communauté scientifique internationale se mobilise. Jean Kaseya, Directeur général d’Africa CDC, a annoncé le développement accéléré de trois candidats vaccins. Le premier, un vaccin à ARN messager conçu spécifiquement pour la souche Bundibugyo, pourrait être disponible en trois mois environ grâce à des technologies éprouvées durant la pandémie de Covid-19. Ce type de vaccin, comparable à un message envoyé à nos cellules pour leur apprendre à reconnaître l’ennemi, représente une avancée prometteuse. Le deuxième, le ChAdOx, développé par l’Université d’Oxford, bénéficiera d’une production accélérée. Enfin, le VSV-BDBV, actuellement au stade universitaire au Texas, devra passer à une fabrication aux normes pharmaceutiques internationales avant d’être déployé à large échelle.
Pendant que la science accélère, que peut-on faire, en tant que citoyen, pour éviter que l’épidémie ne devienne incontrôlable ? Tout d’abord, ne pas céder à la panique. Les mesures de santé publique recommandées – se laver régulièrement les mains, éviter les contacts avec des personnes présentant des symptômes, signaler rapidement tout cas suspect – restent nos meilleures armes. Ensuite, garder confiance dans les autorités sanitaires, qui disposent d’une expertise reconnue dans la gestion des épidémies d’Ebola. Enfin, ne pas oublier que, dans un monde interconnecté, la solidarité entre les pays est une condition aussi vitale que les vaccins eux-mêmes. La fermeture des frontières par le Rwanda, loin de nous protéger, pourrait fragiliser la lutte collective contre un virus qui ne connaît ni nationalité ni barrière.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
