Ce mardi, l’opposition congolaise a déployé un nouvel étendard : la Coalition article 64, sobrement baptisée C64. En ressuscitant l’article 64 de la Constitution, cette alliance composite – partis politiques majeurs et mouvements citoyens comme la Lucha – entend ériger un rempart infranchissable contre ce qu’elle qualifie de « putsch constitutionnel ». La cible est clairement désignée : Félix Tshisekedi, soupçonné de vouloir s’affranchir de la limitation des mandats pour briguer un troisième mandat.
Ce coup de semonce place la C64 RDC au cœur d’un bras de fer politique dont les racines plongent dans l’histoire récente. L’article 64 dispose que « tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution ». Pour les membres de la coalition article 64, la simple volonté de modifier la loi fondamentale constitue déjà une violation. « Toute tentative de changer de Constitution, par quelque mécanisme que ce soit, est un renversement de l’ordre constitutionnel », martèlent-ils. Et d’accuser le chef de l’État de « haute trahison », crime imprescriptible selon les alinéas 2 et 165 du même texte. La nouvelle plateforme exige sans détour le retrait de la proposition de loi référendaire actuellement en examen au Parlement, dénoncée comme « une ruse cynique » visant à briser les verrous de la Loi Fondamentale.
L’unité affichée par cette opposition congolaise, rassemblant des figures aussi disparates que Martin Fayulu, Delly Sesanga ou Jean-Marc Kabund, n’est pas anodine. Elle rappelle les heures du Front citoyen 2016 qui avait fini par faire plier Joseph Kabila. À l’époque, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) – le parti de l’actuel président – figurait en première ligne contre le glissement. Aujourd’hui, le même parti se retrouve propulseur d’un projet de changement constitution en RDC, nourrissant une ironie politique que les caciques de l’opposition ne manquent pas de souligner. Les meetings de la C64 charrient des slogans lourds de sens : « À l’expiration de son mandat, ou dès l’enclenchement du putsch constitutionnel, Félix Tshisekedi perdra tout droit d’engager la République et sera considéré comme un hors-la-loi ».
Le front anti-troisième mandat Tshisekedi bénéficie d’un allié de poids : l’Église catholique, traditionnelle vigie morale du pays, a sorti sa propre artillerie. Les évêques ont déjà fait savoir que le président devra quitter le pouvoir à l’échéance de 2028, « avec ou sans élections ». La C64 reprend cette sommation et la durcit : le départ se fera « de gré ou de force ». Une rhétorique incendiaire qui fait écho aux tragédies que l’article 64 entendait conjurer.
Que pèse réellement cette coalition article 64 face aux manœuvres de la majorité ? La question se pose avec acuité alors que Félix Tshisekedi, au deuxième et dernier mandat, voit une partie de son propre camp le pousser à bousculer le calendrier constitutionnel. Mais en instrumentalisant la Constitution pour mieux défendre son esprit, l’opposition replace le débat sur le terrain juridique et mobilisateur du peuple. Elle tente ainsi de forger une légitimité parallèle, rappelant que l’article 64 ne souffre d’aucune prescription.
Le scénario d’une paralysie institutionnelle n’est plus une simple hypothèse. Si la C64 parvient à transformer ce combat juridique en mouvement de masse, Kinshasa pourrait connaître des remous comparables aux grandes contestations du passé. Le président joue gros avec ce projet de révision, dont l’échec ou le succès déterminera la stabilité de son second quinquennat. En attendant, la C64 annonce qu’une résistance immédiate sera opposée à tout pas supplémentaire vers le changement constitutionnel. Le bras de fer ne fait que commencer.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
