Le 19 mai 2026, les élèves de Goma ont repris le chemin de l’école sur fond d’une nouvelle menace sanitaire. Trois jours plus tôt, un premier cas de maladie à virus Ebola avait été confirmé dans la ville, replongeant la population dans une psychose bien légitime. La fièvre hémorragique Ebola, surnommée le « tueur silencieux », se transmet par contact direct avec les liquides corporels d’une personne infectée, vivante ou décédée. Imaginez un feu invisible qui se propage d’un corps à l’autre : une poignée de main, un baiser, une simple goutte de salive projetée en parlant peuvent suffire à l’allumer. Les signes à surveiller sont désormais connus de beaucoup : une forte fièvre d’apparition brutale, des maux de tête intenses, des vomissements, des diarrhées parfois sanglantes et une faiblesse extrême qui cloue le malade au lit. Dans les cas graves, des saignements surviennent, ce que les spécialistes appellent hémorragies.
Dès le rassemblement matinal, les directeurs d’écoles de Goma ont pris le relais des parents pour marteler les règles d’hygiène et décrire les symptômes. Un élève de l’école primaire Mapendo témoigne : « La directrice nous a montré comment reconnaître Ebola : le vomissement, la diarrhée, la forte fièvre, les maux de tête et des faiblesses inhabituelles. » À l’entrée des établissements, des dispositifs de lavage des mains avec du savon ont été installés — un geste simple qui peut pourtant sauver des vies. Se laver les mains à l’eau et au savon, ou avec une solution hydroalcoolique, est l’une des barrières les plus efficaces contre Ebola, comme pour bien d’autres maladies infectieuses. Pourtant, dès que l’on franchit la porte des classes, une autre réalité saute aux yeux : les masques de protection sont quasiment absents.
Pourquoi ce décalage entre la sensibilisation et l’équipement ? La réponse est à chercher du côté des porte-monnaie. Le coût des masques et des gels hydroalcooliques constitue une dépense étouffante pour des familles déjà étranglées par la crise économique qui frappe la région depuis janvier 2025. Un père de famille, croisé devant une école, confie : « Mes ressources ont fondu. Je vis au jour le jour. Acheter trois masques pour mes enfants, c’est sacrifier un repas. Je ferai l’effort, mais c’est dur. » Son témoignage résume le dilemme de milliers de ménages : faut-il protéger ses enfants du virus ou s’assurer qu’ils ne dorment pas le ventre vide ? Dans plusieurs salles de classe, seuls 10 à 15 % des élèves portaient un cache-nez ce mardi matin. Un chiffre alarmant quand on sait que le port du masque réduit considérablement le risque de projection de gouttelettes, en particulier dans des espaces confinés où la promiscuité est la règle.
La crise sanitaire RDC prend ainsi un visage inédit à Goma. La flambée des prix des produits de première nécessité rend les mesures barrières écoles difficiles à appliquer. Un flacon de gel hydroalcoolique coûte aujourd’hui l’équivalent de deux jours de subsistance pour une famille modeste ; les masques jetables, eux, doivent être remplacés régulièrement. Comment demander à un parent qui peine à nourrir ses enfants d’investir dans une protection dont l’efficacité dépend d’une utilisation quotidienne et collective ? Cette question met en lumière une fracture sanitaire qui, si elle n’est pas comblée, risque de favoriser la propagation du virus.
Face à cette urgence, les autorités provinciales et les organisations humanitaires doivent renforcer la distribution gratuite de kits de protection dans les écoles de Goma. L’expérience des épidémies précédentes en RDC a montré qu’une riposte efficace passe par la mise à disposition massive de matériel barrière, couplée à une communication de proximité. Les écoles sont des lieux de brassage intense : sans masques pour tous, le lavage des mains seul ne suffira pas à endiguer une éventuelle chaîne de contamination. En attendant une aide d’urgence, les parents peuvent adopter des alternatives économiques : un masque en tissu lavable, confectionné localement, peut remplacer les modèles jetables, à condition d’être lavé chaque jour à l’eau chaude savonneuse. Des solutions à base de cendre ou de chlore sont parfois préconisées en milieu précaire pour la désinfection des mains. Et surtout, n’oublions pas que le virus Ebola ne se transmet pas par l’air ambiant : éviter tout contact physique avec une personne présentant des symptômes et signaler immédiatement tout cas suspect restent les réflexes qui sauvent. Ce mardi 19 mai, la rentrée scolaire à Goma est une leçon d’inégalité : comment conjuguer éducation et survie quand le prix d’un masque devient un luxe ? La réponse collective déterminera le visage de cette nouvelle crise sanitaire.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
