À Bunia, dans les camps de déplacés de l’ISP et de Kigonze, une scène aussi banale qu’alarmante se répète chaque jour : des hommes, des femmes et des enfants se frottent les mains avec de la cendre. En pleine épidémie d’Ebola, cette pratique de fortune est leur seul rempart contre un virus qui a déjà fait plus de 118 morts dans la région. Plus de 30 000 personnes s’entassent ici, dépourvues de masques, de désinfectants ou même d’eau potable. Une question s’impose alors : peut-on vraiment compter sur la cendre pour stopper un virus aussi agressif ?
La réponse, sans appel, est non. Le virus Ebola se transmet par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée : sang, vomissures, sueur… Pour le neutraliser, il faut une hygiène rigoureuse, avec de l’eau et du savon, ou des solutions hydroalcooliques. Utiliser de la cendre pour se laver les mains, c’est un peu comme essuyer une vitre avec de la boue : on étale le danger sans jamais l’éliminer. Pourtant, dans ces camps de sinistrés de l’Ituri, c’est la réalité quotidienne. « Nous n’avons pas de cache-nez, ni de désinfectants. Nous utilisons des cendres pour nous protéger contre ce virus », alerte Étienne Ngutsi, président du site de Kigonze, lançant un appel urgent au gouvernement et aux humanitaires.
Le risque de contamination ne s’arrête pas là. L’absence de masques Ebola expose les déplacés à une propagation encore plus rapide. Imaginez des milliers de personnes entassées, partageant abris et objets, sans la moindre barrière physique contre un virus qui se loge dans chaque gouttelette. Et c’est encore plus inquiétant quand on sait que, en Ituri, les conflits armés ont poussé plus d’un million d’âmes à fuir leur foyer, créant des conditions idéales pour une flambée épidémique.
Un autre comportement alarmant persiste : la manipulation des corps sans la moindre précaution. Deux décès récents illustrent cette promiscuité à haut risque. La dépouille d’un jeune homme a été rapatriée d’Iga Barrière jusqu’au site de Kigonze, tandis qu’un déplacé de 39 ans est mort en pleine nuit dans le camp de l’ISP. Dans les deux cas, les communautés ont géré les corps sans équipement de protection. Or, un cadavre infecté par Ebola reste extrêmement contaminant ; le toucher, c’est signer une contamination quasi certaine. Comment tolérer de telles pratiques alors que la maladie a déjà tué autant ?
Face à ce cocktail explosif – cendre pour le lavage des mains, absence de masques, gestes funéraires dangereux –, la province de l’Ituri retient son souffle. Les leaders communautaires, comme Gérard Maki, vice-président du site de l’ISP, insistent sur un besoin vital : intensifier les campagnes de sensibilisation. Car si l’ignorance des mesures barrières persiste, c’est toute une population déjà meurtrie par les violences qui pourrait basculer dans une catastrophe sanitaire.
Pour sortir de cette impasse, des actions concrètes sont nécessaires de toute urgence : distribuer massivement des masques, installer des points de lavage des mains avec de l’eau et du savon, et former les communautés à la gestion sécurisée des dépouilles. Sans cela, la cendre continuera d’être un symbole amer de l’abandon, et le risque de contamination déplacés ne fera que croître. L’épidémie d’Ebola à Bunia n’attend pas : chaque jour perdu augmente le péril. La question n’est plus de savoir si une nouvelle chaîne de transmission va démarrer, mais quand. Et le prix à payer pourrait être terrible.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
