L’épidémie de maladie à virus Ebola, causée par la souche Bundibugyo, s’étend désormais de l’Ituri à l’Ouganda voisin. Alors que l’OMS a décrété l’urgence de santé publique de portée internationale, Washington a dévoilé lundi un dispositif de réponse inédit, mêlant financement d’urgence, coordination interministérielle et restrictions de voyage draconiennes. Comment expliquer une telle montée en puissance ? Et surtout, cette riposte américaine sera-t-elle à la hauteur d’une menace sanitaire qui se double d’une crise humanitaire profonde ?
Dès la confirmation des premiers cas, le Département d’État américain a activé sa cellule de coordination interministérielle à Washington et un système de gestion des incidents. Les ambassades en RDC, en Ouganda, mais aussi au Rwanda et au Soudan du Sud, ont rejoint le dispositif et mis sur pied des équipes de suivi. Une réunion quotidienne de haut niveau veille à ce que la réponse reste une priorité absolue. « Dans les 48 heures, le Département a activé un plan d’intervention et mobilisé une première tranche de 13 millions de dollars d’aide étrangère », précise le communiqué.
Cet argent doit renforcer la surveillance, les capacités des laboratoires, la communication des risques, les inhumations sécurisées et le contrôle aux frontières. Un financement bilatéral supplémentaire est attendu, et les États-Unis entendent s’appuyer sur leurs investissements antérieurs dans la surveillance des maladies, via des protocoles d’accord bilatéraux en santé avec Kinshasa et Kampala.
En parallèle, Washington pilote la coordination des donateurs dans les capitales régionales avec l’Union européenne, le Royaume-Uni et d’autres partenaires, tout en tirant parti des fonds communs d’OCHA. Sur les 1,8 milliard de dollars annoncés le 14 mai pour ces fonds, 250 millions sont fléchés vers la RDC et l’Ouganda.
Mais la mesure la plus symbolique reste le décret du 18 mai, pris en lien avec le CDC : il interdit l’entrée aux États-Unis aux ressortissants étrangers ayant séjourné en RDC, en Ouganda ou au Soudan du Sud au cours des 21 derniers jours. Le Département d’État collabore avec la Sécurité intérieure pour appliquer cette interdiction et anticipe d’éventuels rapatriements de citoyens américains exposés.
Cette réponse ferme survient alors que la souche Bundibugyo, contre laquelle il n’existe ni vaccin ni traitement approuvé, a déjà franchi les frontières congolaises. L’OMS a constaté un taux de positivité très élevé dès les premiers échantillons testés, ce qui a conduit le directeur général à déclencher une USPPI. Pour autant, Tedros Adhanom Ghebreyesus a tenu à préciser que l’épidémie ne remplissait pas, à ce stade, les critères d’une urgence pandémique. Une nuance qui n’a pas empêché la communauté internationale de monter au créneau.
Le contexte local complique encore la donne. Dans l’Ituri, les violences perpétrées par les rebelles ADF persistent malgré les opérations conjointes FARDC-Forces ougandaises. Des milices comme la CODECO, le groupe Zaïre ou la CRP ajoutent au chaos. Les déplacements massifs de populations qui en résultent créent un terreau propice à la propagation du virus, tout en entravant l’accès humanitaire. La réponse américaine, pour être efficace, devra donc articuler urgence sanitaire et aide humanitaire dans un environnement particulièrement volatile.
Alors que Washington affirme sa volonté de protéger ses citoyens et de mobiliser le monde, une question demeure : ce brusque afflux de fonds et de restrictions suffira-t-il à endiguer une épidémie qui prospère sur l’insécurité et l’absence de solution médicale ? Les prochaines semaines diront si la riposte américaine, aussi massive soit-elle, pourra inverser le cours d’une crise aux racines profondes.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
