L’interpellation du député Gratien Iracan a été officiellement déposée à l’Assemblée nationale. Le représentant de la ville de Bunia a transformé sa question écrite en une exigence de débat public sur la sécurité à l’Est de la RDC. Face à la persistance des massacres en Ituri et au Nord-Kivu, malgré l’instauration de l’état de siège en 2021 et le lancement des opérations conjointes FARDC-UPDF, le député d’opposition dresse un constat d’échec.
Le texte, rendu public ce jour, dénonce une situation sécuritaire qualifiée de « catastrophique ». Entre les mois de février et mai 2026, plus de 210 à 230 civils auraient trouvé la mort dans des zones sous état de siège. Les attaques, attribuées aux terroristes ADF/ISCAP, ont frappé sans relâche les territoires de Mambasa, Irumu, Beni et Lubero. Le carnage de Bafwakoya en territoire d’Irumu a coûté la vie à au moins 43 civils. Celui de Mambimbi-Isigo, dans le Lubero, a fait 21 morts, tandis que les tueries de Mambasa ont dépassé la centaine de victimes. L’état de siège, censé ramener la paix, s’est-il mué en piège mortel pour les populations ?
Ces chiffres glaçants s’accompagnent de déplacements massifs de populations, de fermetures de formations sanitaires et d’abandons de villages entiers. Pour le député, l’interpellation Gratien Iracan met en lumière l’incapacité de l’État à protéger ses citoyens. Les massacres en Ituri et au Nord-Kivu se poursuivent, et la confiance des communautés s’effrite jour après jour. Combien de vies encore avant que l’échec de l’état de siège ne soit officiellement reconnu ?
L’un des griefs majeurs adressés au vice-Premier ministre et ministre de la Défense Guy Kabombo concerne les résultats « mitigés » des opérations militaires. Selon la correspondance du gouvernement, ces opérations souffrent de déficits capacitaires, de problèmes de ravitaillement et d’une faiblesse du renseignement opérationnel en temps réel. De tels aveux confirment, pour Gratien Iracan, l’inefficacité des dispositifs sécuritaires déployés. Les opérations FARDC UPDF, présentées comme la solution, n’ont pas enrayé les massacres. L’échec s’avoue à demi-mot.
L’absence de transparence sur les bilans chiffrés nourrit également la colère. Aucune donnée officielle n’a été communiquée sur le nombre exact de combattants ADF neutralisés, les zones réellement sécurisées ou encore les pertes enregistrées au sein des Forces armées de la RDC. Ce vide statistique empêche l’Assemblée nationale d’exercer son contrôle sur les opérations conjointes. La sécurité à l’Est de la RDC exige des comptes précis. Comment évaluer une action militaire sans indicateurs fiables ?
Autre sujet de préoccupation : la chaîne de commandement des opérations. L’interpellation soulève le flou qui entoure les responsabilités entre les FARDC et l’armée ougandaise. Qui décide ? Qui rend des comptes en cas de nouveau massacre ? Ces questions restent sans réponse. Une opacité dangereuse qui entretient l’impunité et affaiblit la protection des civils. Les villages exposés continuent de subir des attaques tandis que les mécanismes de décision semblent paralysés.
Face à ce qu’il qualifie de réponses gouvernementales « superficielles et non convaincantes », Gratien Iracan exige un débat en plénière. Il demande des clarifications sur les responsabilités engagées, un calendrier de mesures de stabilisation et des engagements concrets pour restaurer la paix en Ituri et au Nord-Kivu. L’interpellation Gratien Iracan transforme ainsi une simple question écrite en un véritable réquisitoire contre la gestion de la crise sécuritaire. L’élu estime que la représentation nationale doit pleinement assumer son rôle de contrôle face à une situation « d’une gravité exceptionnelle ».
Des zones lacunaires exploitées par les terroristes aux déplacements massifs des populations, le tableau dépeint par le député est celui d’un État dépassé. Les opérations militaires, malgré les moyens engagés, peinent à rassurer. L’échec de l’état de siège n’est plus un secret, mais il se confronte désormais à l’exigence parlementaire. Le ministre de la Défense est sommé de s’expliquer, et l’avenir de la sécurité en RDC se jouera peut-être dans les prochains débats.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
