À Bunia, le visage des jeunes errant aux abords du marché central raconte le désœuvrement. Le chômage, l’insécurité et l’absence de perspectives ont longtemps nourri un profond pessimisme. Mais ces derniers jours, une annonce est venue bousculer cette morosité : le Fonds national de promotion et de service social (FNPSS) promet un plan social d’envergure pour l’Ituri. Sera-ce le déclic tant attendu par une province minée par les conflits ?
C’est à l’occasion d’une réunion de suivi et d’évaluation, tenue lors du séjour de l’Administratrice directrice générale Alice Mirimo à Bunia du 9 au 16 mai, que les contours de ce programme ont été dévoilés. Le plan social Ituri se veut résolument multisectoriel. « Il ne s’agit pas d’un simple projet cosmétique, mais d’une réponse structurelle aux défis sociaux de la région », a-t-elle insisté, en dévoilant une liste de réalisations aussi variées qu’ambitieuses : espaces dédiés à la jeunesse, aires de jeux, abattoirs modernes, et même un centre neuropsychiatrique, une première dans une zone où les traumatismes liés aux violences armées restent sans prise en charge.
Comment ces promesses vont-elles se matérialiser sur un terrain miné par l’insécurité et une administration souvent défaillante ? La question taraude les habitants. Mais Alice Mirimo a voulu rassurer en annonçant la création prochaine d’un centre à Aru, avant une extension à d’autres territoires. Preuve, selon elle, que le FNPSS Ituri ne se contente pas d’un coup médiatique.
Le volet le plus scruté de cette annonce reste celui de l’entrepreneuriat des jeunes. Dans une province où le sous-sol est riche mais où la terre elle-même est un trésor sous-exploité, le cap est mis sur l’agrobusiness. « Vous savez que l’Ituri a toujours été le grenier de la République grâce à son potentiel agricole », a rappelé la directrice. L’objectif : passer de la production artisanale à une véritable industrialisation agricole. Pour cela, des centres de promotion de l’entrepreneuriat en agrobusiness Ituri seront installés à Bunia et à Aru. Formation, accès au crédit, accompagnement technique : les jeunes pourront-ils enfin transformer la sueur de leurs bras en revenus décents ?
L’initiative ne se limite pas à l’économie. Présenté comme un levier de consolidation de la paix, ce plan social entend s’attaquer aux racines des violences. En offrant des alternatives crédibles aux jeunes tentés par les groupes armés, il vise à réduire le chômage de masse et les frustrations qui conduisent à l’enrôlement dans les milices. « En favorisant l’emploi et l’inclusion sociale, nous contribuons à prévenir les tensions », a ajouté Alice Mirimo. Une ambition louable, mais qui ne devra pas oublier les milliers de déplacés qui survivent dans des camps aux abords de la ville.
Reste la grande inconnue de la mise en œuvre. En Ituri, des plans de développement, on en a déjà vu défiler. Le scepticisme est légitime. Entre les routes impraticables, l’insécurité persistante dans les zones rurales et la lenteur administrative, la transformation des promesses en béton prendra du temps. Les populations, elles, oscillent entre un espoir prudent et la crainte de voir ces beaux discours s’envoler comme tant d’autres. Car au-delà des annonces, c’est bien la question de la gouvernance et du suivi qui déterminera si ce programme pourra réellement écrire un nouveau chapitre pour le développement Ituri.
Une chose est sûre : l’urgence sociale ne peut plus attendre. Ce plan, s’il est véritablement doté des moyens annoncés, pourrait représenter un tournant. Mais il exigera une collaboration sans faille entre le FNPSS, les autorités provinciales et la communauté. Sans cela, les rêves d’abattoirs modernes et de centres neuropsychiatriques risquent de rester à l’état de plans poussiéreux. Les jeunes de Bunia et d’Aru, eux, croisent les doigts.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
