À Kolwezi, le spectacle est aussi déchirant qu’ubuesque. Devant le bâtiment de l’Assemblée provinciale du Lualaba, des familles entières ont élu domicile sur le trottoir. Des matelas posés directement sur le sol, des casseroles fumantes improvisées, des enfants qui jouent insouciants au milieu des adultes aux visages marqués par l’épuisement. C’est le quotidien de ces dizaines de ménages depuis cette fatidique démolition de leurs habitations à Kolwezi, en mars dernier.
Mamie Thérèse, septuagénaire, serre contre elle un dossier en lambeaux : « Voyez, c’est mon titre parcellaire. J’ai acheté cette parcelle il y a vingt ans. Aujourd’hui, on me traite comme une voleuse et on m’a tout pris. Où est la justice ? » Sa voix chevrote, mêlant tristesse et colère. Comme elle, des centaines d’autres familles sinistrées du Lualaba se retrouvent sans toit, sans eau, sans dignité.
Ces démolitions s’inscrivent dans le cadre du grand projet aéroport Kolwezi, destiné à moderniser et allonger la piste pour la rendre conforme aux normes internationales. Un objectif louable en apparence, mais qui soulève une question brûlante : à quel prix se fait le progrès ? Les autorités provinciales ont choisi la manière forte, envoyant les bulldozers sans que les habitants aient été relogés ou indemnisés. Les victimes affirment n’avoir reçu aucune indemnisation des victimes au Lualaba, pas même une solution temporaire.
Dès février, sentant la menace, ces familles avaient saisi la justice pour les familles de Kolwezi. Mais cette action est restée lettre morte. Aujourd’hui, elles campent symboliquement devant l’Assemblée provinciale, espérant que leur détresse ébranlera les élus. « Nous sommes là pour qu’on nous voie, pour qu’on nous écoute, parce que mourir en silence ne change rien », lance un père de famille excédé, le regard dur.
D’un côté, le projet aéroport Kolwezi promet développement, emplois, attractivité. De l’autre, il crée une catastrophe humanitaire silencieuse. Peut-on vraiment parler de modernisation quand celle-ci enfante des sans-abri, des enfants qui ne vont plus à l’école, des malades qui ne savent plus où se soigner ? La vision court-termiste des démolitions sans accompagnement interroge la gouvernance provinciale tout entière.
La nuit, Kolwezi connaît des températures fraîches, surtout en cette saison. Les corps se serrent sous des bâches de fortune. Les femmes s’inquiètent pour leurs filles : pas d’intimité, pas de sécurité. Des cas de maladies diarrhéiques sont déjà signalés. « Hier, ma petite dernière a vomi toute la nuit, je n’ai même pas de quoi payer une consultation », confie une mère, les yeux rougis, en berçant son enfant fiévreux.
Combien de temps encore faudra-t-il que ces familles souffrent avant qu’une solution ne soit trouvée ? À quoi sert une assemblée provinciale si elle ne défend pas les intérêts des plus vulnérables ? Chaque jour qui passe ancre un peu plus ces citoyens dans l’oubli, transformant l’espoir en amertume.
Au-delà du drame humain, cette situation révèle un mal plus profond : l’absence de mécanismes de protection des citoyens face aux grands projets d’infrastructure. En RDC, trop souvent, le développement se fait au mépris des droits les plus élémentaires. Le cas de Kolwezi doit servir de leçon : il est urgent de mettre en place un cadre légal qui garantisse une indemnisation juste et un relogement préalable avant toute expropriation. Sans cela, chaque projet d’envergure portera en lui le germe d’une injustice sociale et d’une crise humanitaire qui, une fois de plus, laissera les plus faibles sur le bord du chemin.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
