AccueilActualitéPolitiqueEjiba Yamapia récuse le RCD et réclame une nouvelle Constitution

Ejiba Yamapia récuse le RCD et réclame une nouvelle Constitution

Au cœur d’une controverse qui enflamme la classe politique congolaise, l’archevêque Ejiba Yamapia, figure de proue de la Plateforme des Églises du Réveil du Congo, a livré mercredi 13 mai à Kinshasa une conférence de presse aux accents de plaidoyer et de défense personnelle. Alors que le débat sur la réforme constitutionnelle RDC divise le pays, ce responsable religieux a dû répondre à des allégations insistantes sur son passé présumé au sein du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), l’ex-mouvement rebelle proche de Kigali devenu parti politique sous Azarias Ruberwa. Une accusation que l’intéressé rejette avec force, tout en se positionnant en héraut d’un changement constitutionnel radical.

Ejiba Yamapia n’a pas éludé la question : a-t-il été membre du RCD ? La réponse fuse, teintée d’une indignation contrôlée. « Ceux qui me taxent des belligérants, ce sont ceux qui pensent que ma façon de défendre la République gêne l’agenda des belligérants », lance-t-il. Il reconnaît toutefois avoir figuré sur une liste de ce parti lors des législatives de 2006 dans la circonscription de Mont-Amba. Un détail à ses yeux purement technique : la loi électorale de l’époque, explique-t-il, interdisait à la société civile de présenter des candidats autrement qu’en indépendants, une voie semée d’embûches. S’adosser à une formation politique était donc un expédient juridique, non un ralliement idéologique. « Sur mes affiches, il n’y avait aucun drapeau d’un parti politique », martèle l’archevêque, lançant un défi aux archivistes. La défense emprunte ensuite un registre plus personnel : « Je ne sais même pas comment on tire un révolver avant de devenir un belligérant », ironise-t-il, en soulignant n’avoir jamais mis les pieds à Goma pour y prêcher.

Mais l’essentiel de la sortie médiatique du président des Églises de réveil Congo résidait ailleurs : dans un appel à une refonte intégrale de la Constitution du 18 février 2006. Qualifiant ce texte de « Constitution de belligérance », Ejiba Yamapia estime qu’il a été taillé lors de l’accord de Sun City pour contenter des « chefs de factions » et qu’il a épuisé sa pertinence historique. À l’écouter, la RDC a besoin d’une loi fondamentale tournée non plus vers la gestion des conflits armés, mais vers le développement et l’affirmation de la souveraineté. Ce plaidoyer s’inscrit dans la lignée des positions du pouvoir, mais le religieux les décline avec une vigueur doctrinale qui lui est propre.

Sur le plan institutionnel, l’archevêque dénonce un « chantage parlementaire » permanent : les motions de censure à répétition, dit-il, paralysent l’exécutif et retardent les politiques publiques. Sa solution ? Un régime plus franchement présidentiel. Il préconise aussi de revoir le mode de désignation des gouverneurs de province, source de conflits endémiques entre les exécutifs provinciaux et leurs assemblées. Sur le volet économique, ses propositions se veulent transformatrices : constitutionnaliser l’obligation de transformation locale des matières premières avant exportation, et sanctuariser les budgets alloués à la gratuité de l’enseignement et des soins de santé de base, pour que ces engagements ne restent pas de simples vœux pieux.

L’angle le plus nationaliste de son intervention concerne l’accès aux hautes fonctions. Ejiba Yamapia plaide pour réserver strictement la présidence, la Primature et les ministères régaliens aux seuls Congolais nés de père et de mère congolais. Une mesure qui, selon lui, protégerait l’État de toute « infiltration étrangère » et renforcerait la souveraineté. Rhétorique sécuritaire ou protectionnisme politique ? La question se pose, alors que ce thème est régulièrement instrumentalisé dans les joutes électorales.

Cette prise de position intervient dans un climat de forte polarisation autour du changement constitution RDC. Pour les opposants au régime, derrière les discours réformateurs se cache une manœuvre destinée à offrir un nouveau mandat à Félix Tshisekedi. D’autres, plus radicaux, jugent simplement que le président a échoué et ne mérite plus de diriger le pays. Tshisekedi, lui, se dit ouvert au débat et promet de s’en remettre au verdict des urnes, ou plutôt d’un référendum. L’archevêque Yamapia, en appelant les acteurs politiques au consensus républicain, la société civile à la « vigilance démocratique » et le peuple à se réapproprier une « mutation historique », tente de placer les Églises de réveil au centre du jeu constitutionnel. Reste à savoir si cette stratégie consolidera son influence ou l’exposera davantage aux accusations de compromission qu’il s’efforce, aujourd’hui, de balayer d’un revers de manche.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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