L’hémicycle provincial de Kinshasa a vibré mercredi 13 mai au rythme d’une séance de reddition de comptes aussi technique que politique. Face à la curiosité du député Jared Phanzu, désireux de percer le mystère des chantiers en cours, le ministre provincial des infrastructures, Alain Tshilungu, a livré une prestation destinée à rassurer : les travaux voiries Kinshasa ne sont ni un mirage ni une opération de communication, mais le socle d’un ambitieux plan de modernisation.
D’entrée, le membre du gouvernement provincial a tenu à inscrire son action dans la continuité de la vision présidentielle, relayée localement par le gouverneur à travers le programme « Kinshasa ezo bonga » – littéralement « Kinshasa se développe ». Un label en lingala qui claque comme un étendard, et que le ministre a décliné en données chiffrées. Selon lui, ce sont déjà 160,2 kilomètres de routes qui ont été livrés depuis moins de deux ans, avec 468,8 autres kilomètres attendus d’ici la fin de l’exercice, pour un objectif magistral de 2 000 kilomètres de voirie réhabilitée ou construite.
Ces chiffres, que le ministre affirme vérifiables, s’appuient sur une cartographie détaillée des chantiers et un tableau de financement à présent effectif grâce à la rétrocession. Une manière de répondre par avance aux soupçons d’opacité qui entourent souvent les projets infrastructures RDC. Alain Tshilungu a ainsi martelé que l’exécution des travaux publics obéit désormais à une planification structurée, rompant avec l’improvisation qui a trop longtemps caractérisé la gestion de la voirie kinoise. Le vote du budget d’investissement 2025-2026 par l’Assemblée provinciale, rappelé au cours de la plénière, sert de caution politique à cette offensive asphaltique.
Les députés provinciaux n’ont pas boudé leur satisfaction. Les élus de la capitale ont salué la qualité des réponses apportées par le ministre, qui aurait apporté « plus d’informations » qu’attendues. Une approbation qui ressemble à un blanc-seing, mais qui dissimule peut-être un calcul : en validant la stratégie de l’exécutif provincial, les élus se prémunissent contre l’échec d’un programme qu’ils auront contribué à financer. Reste que l’affichage de transparence et la précision des données laissent peu de place à la contestation immédiate. Le ministre a-t-il bluffé ? Les cartes sont sur la table, et la réalité des chantiers sera le juge ultime.
À ce stade, une question rhétorique s’impose : combien de ces 160 kilomètres déjà annoncés sont-ils des tronçons entièrement neufs, et combien ne sont que des réparations de fortune appelées à se dégrader dès la prochaine saison des pluies ? Le ministre n’en a rien dit, préférant miser sur l’effet de masse des grands nombres. Par ailleurs, l’objectif des 2 000 kilomètres peut-il être tenu sans une réforme en profondeur de la gestion foncière et des normes urbanistiques ? Car bitumer n’est qu’un vernis si les constructions anarchiques continuent d’étrangler les artères de la capitale. Alain Tshilungu, qui a également évoqué les réformes touchant l’habitat et les questions foncières, a survolé ces sujets avec la prudence d’un équilibriste.
La dynamique impulsée par le chef de l’État, que le ministre revendique avec insistance, transforme ces routes construites Kinshasa en un enjeu éminemment politique. Chaque kilomètre de bitume devient un argument pour le gouverneur et, au-delà, pour la majorité présidentielle à l’approche d’échéances futures. Dans ce contexte, l’empressement à afficher des résultats se comprend. Mais gare à la précipitation : à force de promettre des kilomètres par centaines, l’exécutif provincial prend le risque de voir la moindre dégradation se muer en critique cinglante.
La plénière du 13 mai aura eu le mérite de sortir du flou un pan entier des travaux voiries Kinshasa. Alain Tshilungu a offert un récit structuré, presque comptable, qui contraste avec le brouillard communicationnel observé lors de précédents mandats. Reste à savoir si le ciment de la confiance prendra : entre les chiffres officiels et la réalité des chaussées, la distance se mesure souvent en espoirs déçus. Les prochains mois, avec le déploiement des 468 kilomètres annoncés, seront déterminants pour jauger la solidité d’un programme qui joue gros, politiquement et socialement.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
