Le ciel de Mushaki s’est embrasé. Une frappe de drone, attribuée aux forces armées de la République, a semé la mort parmi les civils, à une trentaine de kilomètres de Goma. Le mouvement Sauvons la RDC, proche de l’ancien président Joseph Kabila, a aussitôt élevé la voix. Dans un communiqué cinglant, il a qualifié ce Mushaki bombardement d’« acte de couardise plutôt que de bravoure ». Une accusation lourde, qui résonne comme un défi direct à l’autorité du président Félix Tshisekedi.
Cette Sauvons la RDC condamnation ne se limite pas à un simple tollé humanitaire. Elle révèle une fracture politique profonde. Alors que le régime de Kinshasa croit, selon le mouvement, démontrer la montée en puissance de ses forces armées, l’usage de drones contre des populations sans défense est perçu comme le triste aveu d’une stratégie de la terre brûlée. « Une énième ignominie », dénonce le communiqué, qui pointe également le silence embarrassé de certains alliés traditionnels du pouvoir. L’ironie de la situation n’échappe à personne : au Nord-Kivu attaque drone censée restaurer la souveraineté de l’État ne fait qu’éroder sa légitimité morale.
Le mouvement ne se contente pas de déplorer. Il exige une enquête internationale indépendante, seul moyen, selon lui, de faire toute la lumière sur les responsabilités. Car au-delà de Mushaki, ce sont d’autres localités comme Ilundu et Gakenke qui auraient été visées le même jour, sans que la communauté internationale ne s’en émeuve. Une sélectivité coupable, que Sauvons la RDC attribue à une course effrénée aux minerais stratégiques. Le droit international humanitaire RDC, invoqué avec insistance, devient alors un totem que l’on brandit au gré des intérêts géopolitiques. La morale, elle, peine à trouver sa place dans une guerre où les civils sont devenus des dommages collatéraux acceptables.
Le mouvement reproche aux Nations Unies et aux États-Unis, qui ont condamné le bombardement de Mushaki, de ne pas avoir qualifié ces faits de « crimes de guerre et crimes contre l’humanité ». Une omission lourde de sens, comme si les grandes puissances cherchaient à éviter de trancher entre les impératifs du droit et leurs propres intérêts. « Sauf à vouloir passer pour complice du gouvernement », avertit Sauvons la RDC, la communauté internationale doit rappeler que la responsabilité première d’un État est de protéger, non d’exterminer.
Cette escalade rhétorique s’inscrit dans un contexte régional déjà explosif. Les processus de paix de Montreux et de Washington s’enlisent, minés par les accusations mutuelles entre Kinshasa et la rébellion AFC/M23. Chaque partie interprète les accords à sa manière, et les médiateurs, comme Sisyphe, voient leurs efforts anéantis par de nouveaux déchaînements de violence. La méfiance est telle que les drones sont peut-être devenus les seuls messagers d’une paix impossible.
Pourtant, le mouvement Sauvons la RDC rappelle une vérité élémentaire, inscrite dans le droit international humanitaire RDC : la protection des populations civiles est une obligation impérative pour toutes les parties à un conflit. Un principe que le gouvernement de Kinshasa devrait méditer, alors que des milices continuent de semer la terreur du Tanganyika à l’Ituri. Comment un État qui peine à garantir la sécurité de ses citoyens face aux ADF ou aux CODECO peut-il se permettre de bombarder ceux qui échappent à son contrôle ? La question reste en suspens, lourde comme un silence d’impunité.
À travers ce plaidoyer, Sauvons la RDC, né à Nairobi, ne se contente pas de défendre les civils de l’Est. Il tente surtout de repositionner l’ombre de Joseph Kabila sur l’échiquier politique congolais. En dénonçant les faux-semblants de la communauté internationale et les faiblesses du pouvoir actuel, le mouvement ravive le spectre d’une alternance encore floue mais toujours possible. La frappe drone Mushaki, au-delà du drame humain, devient le révélateur d’un régime aux abois, qui croit pouvoir gagner une guerre en sacrifiant ce qu’il est censé protéger. La communauté internationale, elle, mise en demeure de choisir son camp, offre pour l’instant le triste spectacle d’un arbitre qui regarde ailleurs.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
