L’hémicycle du Palais du peuple a offert, ce 13 mai 2026, une scène rare de reddition des comptes. Face aux députés nationaux, George Ongelo, Directeur Général de Trans-Academia, a dû affronter l’épineuse question des arriérés de salaires qui minent l’établissement public de transport académique. L’exercice a tourné à l’aveu : les impayés sont plus profonds que ne le laissaient filtrer les rumeurs feutrées de Kinshasa.
Avec une précision clinique, le patron de cette entreprise chère au Chef de l’État a égraine les chiffres qui embarrassent le pouvoir. Pour l’exercice 2023, le cumul atteint cinq mois d’arriérés pour l’ensemble des agents recrutés en mars de cette année-là, et sept mois pour une vingtaine de personnels d’appoint. S’y ajoute, pour 2026, un mois d’impayé au titre d’avril, la paie de mars étant encore en cours d’exécution. Le verdict tombe, sans détour : un cumul de six mois de salaires dus à la majorité du personnel, et huit mois pour les premiers recrutés. George Ongelo a ainsi mis à nu une crise plus grave que les silences administratifs ne le suggéraient.
Face à ce constat, le Directeur Général n’a pas seulement joué la transparence. Il a déroulé une feuille de route qui dessine une forme d’appel à l’aide institutionnel. La proposition-phare consiste en une commission interministérielle sous la houlette de la Primature, convoquant autour de la table les délégués de la Présidence, des Vice-Primatures en charge des Transports et du Budget, des ministères des Finances, des Affaires foncières, des Infrastructures, de l’Éducation nationale et de Trans-Academia elle-même. L’intention? Régler durablement les problèmes structurels de l’entreprise. Et comme pour sceller cette ouverture, la Direction Générale promet d’associer dans les prochains jours des émissaires de l’Assemblée Nationale « afin de bénéficier de leurs contributions ». Une main tendue qui ressemble beaucoup à une demande de tutelle élargie.
Le plan de redressement progressif, articulé en trois temps, a concentré l’essentiel de l’exposé. À court terme, George Ongelo mise sur le renforcement de l’exploitation : acquisition d’équipements, modernisation numérique, suppression de la dette fiscale via une compensation des subventions jamais versées, financement d’un deuxième lot de bus, augmentation de la subvention d’équilibre à 700 000 dollars et application effective du barème salarial. Un premier effort qui, s’il n’est pas accompagné, pourrait n’être qu’un sparadrap sur une plaie béante.
À moyen terme, le cap est mis sur l’autonomisation : obtention d’un agrément de la Banque Centrale du Congo pour un système de paiement dématérialisé, signature d’un décret révisé, acquisition d’un dépôt propre et déploiement en province selon une clé de répartition validée. La promesse d’un maillage territorial cohérent pour ce transport académique qui ne dessert encore qu’une partie du pays. À long terme, l’ambition s’élargit : couverture de toutes les provinces, intégration de financements parafiscaux diversifiés et, enfin, l’autofinancement par des revenus connexes. Ce triptyque, tout en gradation, dessine une issue mais soulève une question : l’État, déjà sollicité de toutes parts, y mettra-t-il les ressources promises?
Sur le dossier brûlant de la délocalisation du dépôt, le Directeur Général a rassuré la chambre basse. La chaîne de dépense est, selon lui, déjà activée : le ministre des Transports a engagé la dépense, celui du Budget l’a liquidée, et le dossier attend désormais l’ordonnancement du ministre des Finances pour exécution par la Banque Centrale. Un cheminement classique dont chaque étape, dans le dédale administratif congolais, peut se transformer en épreuve de patience.
Trans-Academia survit. Mais la vitrine présidentielle du transport académique a montré à l’Assemblée Nationale qu’elle est suspendue à un fil budgétaire et institutionnel. Les parlementaires, dont le regard critique a offert au Directeur Général l’occasion de ce plaidoyer, ont désormais la balle dans leur camp. Leurs contributions, sollicitées, seront-elles à la hauteur des arriérés accumulés et des espoirs suscités ? L’horloge sociale, elle, ne suspend jamais sa course.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
