C’est un geste aussi discret qu’attendu. Ce jeudi 14 mai, João Lourenço, ancien président de l’Union africaine et actuel chef de l’État angolais, a reçu une délégation congolaise porteuse d’un message de Félix Tshisekedi. Conduite par Sumbu Sita Mambu, haut représentant chargé du suivi de la feuille de route de Luanda, cette visite rompt un silence diplomatique qui, ces derniers mois, en disait long sur l’état du dialogue national RDC.
Le contenu du message n’a pas été divulgué. La présidence angolaise, laconique, s’est contentée d’annoncer la rencontre. Pourtant, l’ombre de la crise politique congolaise plane sur ce rendez-vous. João Lourenço, fort du mandat reçu lors de la réunion de Luanda – à laquelle participaient Félix Tshisekedi, Faure Gnassingbé et Olusegun Obasanjo –, est officiellement chargé de piloter les consultations préparatoires à un dialogue intercongolais. Une tâche immense, coincée entre les processus parallèles de Washington et de Doha, et les méfiances tenaces des acteurs politiques de RDC.
La médiation angolaise RDC a donc repris du service. Mais dans quel climat ? La présidence angolaise avait promis, le 11 février 2026, de révéler « en temps voulu » le lancement de la phase préparatoire. Depuis, rien. Ou presque. La visite de Sumbu Sita Mambu apparaît ainsi comme le premier frémissement tangible d’un processus de Luanda que beaucoup disaient enlisé. Faut-il y voir une relance sincère ou un simple geste de courtoisie destiné à meubler le vide stratégique ?
La question est d’autant plus brûlante que les positions des protagonistes congolais se sont durcies au fil des mois. Le pouvoir, arc-bouté sur une lecture institutionnelle, défend un dialogue « encadré par les institutions de la République », excluant toute remise en cause de l’ordre constitutionnel et toute impunité. En face, le camp de Moïse Katumbi, par la voix d’Ensemble pour la République, fustige un « simulacre de dialogue » et n’accepte qu’une médiation portée par le tandem CENCO-ECC. Martin Fayulu abonde dans le même sens. Comme si, en RDC, la légitimité d’un dialogue ne pouvait venir que de la chaire des églises.
Les confessions religieuses, tout en réclamant l’inclusivité, se défendent de vouloir transformer le dialogue national RDC en « blanchisserie », pour reprendre l’expression choc d’un responsable associatif. Elles évoquent des mécanismes de justice transitionnelle, une piste sensible qui fait grincer des dents au sein de la majorité. Ce balancement entre nécessité de discuter et peur de l’impunité illustre parfaitement l’équation impossible dans laquelle se débat la crise politique congolaise.
Pendant ce temps, les processus de Washington et de Doha progressent sur le plan politique, certes, mais n’ont produit aucun résultat concret sur le terrain. Dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, la situation sécuritaire reste dégradée, comme si les armes parlaient plus fort que les diplomates. Alors, le mandat angolais demeure la seule séquence opérationnelle en cours. João Lourenço se retrouve ainsi en position de chef d’orchestre d’une symphonie où chaque instrument joue une partition différente.
L’émissaire congolais a-t-il apporté à Luanda les inflexions attendues par le médiateur ? Le mystère demeure. Une chose est certaine : sans un minimum de convergence entre Kinshasa et ses opposants, la médiation angolaise RDC restera un vœu pieux. Le processus de Luanda n’a pas besoin d’un nouveau round de consultations stériles, mais d’un véritable engagement des parties à sortir de la posture. Faute de quoi, le dialogue national RDC continuera de ressembler à ce mirage auquel personne ne croit vraiment, mais que personne n’ose enterrer.
João Lourenço et Félix Tshisekedi ont donc une carte à jouer, à condition de convaincre que l’Angola n’est pas un simple figurant dans cette pièce aux multiples actes. Le message de ce 14 mai contient peut-être les germes d’une relance historique. Ou alors, il n’était qu’une politesse diplomatique de plus, dans une crise politique congolaise qui en a vu tant défiler.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
