La plénière de l’Assemblée provinciale de Kinshasa, ce mercredi 13 mai, a pris des airs de grand oral pour le ministre provincial des Infrastructures. Face aux élus de la capitale, Alain Tshilungu est venu défendre le bilan et les ambitions du programme-phare de la gouvernance locale : « Kinshasa ezo bonga ». Un exercice de communication savamment orchestré, où les chiffres ont été dégainés avec la précision d’un orfèvre pour répondre aux interrogations du député Jared Phanzu sur les projets d’infrastructures et les réformes urbaines.
Le ministre n’a pas fait dans la demi-mesure. Il a annoncé que 160,2 kilomètres de routes ont déjà été construits ou réhabilités en moins de deux ans, promettant que 468,8 kilomètres supplémentaires viendront d’ici peu étoffer ce tableau de chasse. L’objectif affiché ? Atteindre, à terme, 2 000 kilomètres de voiries refaites dans la mégapole. Une projection vertigineuse qui a le mérite de poser une ambition rare dans une ville où le bitume est une denrée bien plus aléatoire que les embouteillages. Mais derrière cette démonstration de force, une question résonne : ces annonces résisteront-elles à l’épreuve du réel, ou ne sont-elles que le dernier épisode d’un feuilleton kinois aux promesses renouvelées ?
En citant une cartographie des chantiers et des chiffres « vérifiables », Alain Tshilungu a voulu administrer la preuve que la transformation de la voirie kinoise repose désormais sur une planification structurée et un financement effectif, grâce au mécanisme de rétrocession. Une manière habile de renvoyer dos à dos les sceptiques, tout en verrouillant le discours politique autour de la transparence dans l’exécution des travaux publics. L’argument n’est pas mince : à Kinshasa, où chaque saison des pluies transforme les artères en bourbiers, la question des infrastructures est un baromètre de crédibilité pour tout responsable politique. Le ministre le sait bien, lui qui se place dans le sillage du chef de l’État et du gouverneur, martelant qu’il ne fait que « poursuivre la dynamique de modernisation impulsée au sommet ».
Les députés provinciaux, à l’issue de cette séance, ont salué la qualité des réponses apportées. Un satisfecit quasi unanime qui pourrait ressembler à un blanc-seing parlementaire. Mais faut-il pour autant crier victoire ? Le soutien de l’Assemblée provinciale de Kinshasa est certes nécessaire, mais il n’est pas suffisant pour transformer la vie quotidienne des Kinois. L’absorption effective des fonds alloués aux projets d’infrastructures de Kinshasa reste un défi technique et bureaucratique immense, dans une administration parfois plus habile à produire des rapports qu’à couler du goudron. L’exercice du grand oral prendrait alors des allures de théâtre d’ombres, où les applaudissements cachent mal l’inquiétude d’un électorat las des chantiers fantômes.
La promesse des 2 000 kilomètres de routes, martelée par le programme « Kinshasa ezo bonga », est un levier politique redoutable. Elle permet au ministre Alain Tshilungu de concentrer l’attention sur une cible quantifiée, de fédérer des soutiens et de mettre en scène un volontarisme à même de rassurer les bailleurs comme les contribuables. Mais le décompte kilométrique, aussi précis soit-il, ne dit rien des choix d’aménagement du territoire, de la qualité des matériaux ni de la durabilité des ouvrages. Le véritable tournant ne se mesurera pas à l’aune d’un ruban de bitume inauguré, mais dans la capacité à entretenir durablement ces routes et à les intégrer dans une vision cohérente de l’urbanisme et du foncier. Faute de quoi, le programme risque de n’être qu’une parenthèse, un slogan de plus dans le paysage politique kinois.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
