« Avant, chaque pluie était un cauchemar. L’eau montait, la terre s’effondrait sous nos pieds, et nous vivions dans la peur constante de tout perdre. » Assise devant sa nouvelle maison au quartier Dikongay, dans la commune de Lukonga, Maman Marie (nom d’emprunt) peine encore à réaliser son bonheur. Comme 208 autres familles de Kananga, elle a bénéficié de l’indemnisation du Projet d’urgence et de résilience urbaine de Kananga (PURUK), financé par la Banque mondiale en RDC.
« Aujourd’hui, nous avons acheté une bonne parcelle et nous avons même des locataires », confie-t-elle, le visage illuminé. « Notre hypertension a disparu avec la peur. » Dans cette zone longtemps rongée par les ravins de Kananga, cette sortie de l’angoisse porte un nom : le PURUK. Une première, de l’avis de nombreux habitants. Jamais auparavant des familles n’avaient été ainsi éloignées des têtes d’érosion menaçantes qui, chaque saison de pluie, engloutissaient habitations et parfois vies humaines.
Le coordonnateur du PURUK, Jean-Michel Bunku, ne cache pas sa satisfaction. « Ces indemnisations répondent à des règles strictes de la Banque mondiale : lorsque nos travaux impactent des riverains, nous devons leur fournir les moyens de se réinstaller dignement », explique-t-il. Concrètement, les bénéficiaires sont les propriétaires dont les parcelles ont été avalées ou celles situées sur les couloirs d’accès des engins de chantier. L’objectif ? Leur permettre de retrouver une activité normale, loin du précipice.
Au total, 209 ménages ont déjà reçu leur dû dans le seul quartier Dikongay. Le projet, qui couvre dix sites érosifs et une quarantaine de têtes d’érosion, représente un investissement colossal de la Banque mondiale en RDC. Et ce n’est qu’un début : dans un mois et demi, les engins attaqueront treize nouveaux sites. De quoi espérer un relogement à Kananga à plus grande échelle.
Pourtant, des questions persistent. Combien de familles restent encore en danger dans les recoins oubliés de la ville ? L’indemnisation, si salutaire soit-elle, suffira-t-elle à effacer des années de traumatisme ? « Nous avons perdu des proches, des souvenirs, une part de notre histoire », murmure un vieil homme, le regard perdu vers l’ancien ravin devenu chantier. À ces mots, on mesure combien la résilience urbaine ne se décrète pas en un jour.
Mais à Dikongay, l’espoir a changé de camp. Les rires des enfants résonnent désormais loin du vide, et les locataires paient leur loyer dans des maisons qui ne menacent plus de s’effondrer à la prochaine averse. Le PURUK Kananga, avec ses défauts et ses lenteurs, écrit une page nouvelle dans la lutte contre les érosions. Une page où l’humain retrouve sa place, debout, sur une terre enfin stable.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
