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PURUK : 209 familles indemnisées fuient l’enfer des érosions à Kananga

« Chaque pluie nous amenait l’angoisse de tout perdre, même la vie. » Ces mots, lourds de douleur, sont ceux d’un habitant du quartier Dikongay, dans la commune de Lukonga à Kananga. Longtemps, les familles de ce coin de la ville ont vécu sous la menace permanente des ravines géantes qui engloutissaient maisons et espoirs. Aujourd’hui, ces mêmes personnes racontent une renaissance. Grâce au Projet d’Urgence et de Résilience Urbaine de Kananga (PURUK), 209 d’entre elles viennent de recevoir une indemnisation qui leur a permis de se reloger loin des zones à risque. Un tournant dans une cité meurtrie par les érosions.

Les témoignages recueillis sur place sont un souffle de soulagement. « Nous vivions dans une grande souffrance, surtout pendant la saison des pluies. Cela nous causait même des problèmes d’hypertension. Aujourd’hui, nous avons acheté une bonne parcelle et nous avons même des locataires », confie un bénéficiaire, le visage illuminé par un sourire longtemps oublié. Pour beaucoup, le relogement n’est pas seulement un toit neuf, c’est la fin de nuits blanches à guetter le craquement du sol, la fin de l’humiliation de vivre au bord du gouffre. Certains, qui avaient tout perdu, retrouvent une dignité à travers un lopin de terre stable, loin des pentes ravinées.

Mais comment en est-on arrivé là ? Pendant des années, les érosions ont rongé Kananga comme une maladie silencieuse. Des têtes d’érosion se sont multipliées, creusant des brèches béantes au cœur des quartiers populaires. Des familles entières ont été déplacées, parfois en pleine nuit, sans autre bien que leurs vies sauves. Et des vies, hélas, certaines les ont perdues, emportées par ces plaies ouvertes dans la terre. Face à cette catastrophe urbaine, le PURUK, financé par la Banque mondiale, est intervenu sur une quarantaine de têtes d’érosion réparties sur dix sites. L’indemnisation des riverains ne relève pas d’une charité, mais d’une obligation dictée par les bailleurs de fonds.

Le coordonnateur du projet, Jean‑Michel Bunku, l’explique sans détour : « Lorsque nos travaux impactent les populations riveraines des sites érosifs, les règles de la Banque mondiale exigent que nous leur donnions les moyens de se réinstaller ailleurs dans des conditions décentes. » Ainsi, les personnes dont les parcelles ont été directement absorbées par les ravins, ou celles qui occupaient les emprises nécessaires au passage des engins, ont reçu un appui financier. Cet argent leur a offert ce qui semblait impossible hier : acheter une parcelle stable, rebâtir, reprendre une vie normale.

Pour Kananga, c’est une première. Jamais auparavant une opération d’une telle ampleur n’avait organisé le relogement structuré des victimes d’érosions. Longtemps, ces drames étaient traités dans l’urgence et l’oubli, laissant les sinistrés à leur sort. Aujourd’hui, un mécanisme d’indemnisation apporte une réponse concrète à la détresse. Mais au‑delà de l’aide immédiate, une question s’impose : cette approche suffira‑t‑elle à guérir Kananga de ses plaies environnementales ?

Le problème de fond reste entier. Les érosions ne sont pas seulement une fatalité géologique ; elles sont aussi le symptôme d’une urbanisation anarchique, d’une absence de drainage, de la déforestation galopante. Payer des parcelles aux sinistrés, c’est indispensable, mais cela ne stoppe pas la progression des ravines. Le PURUK annonce le lancement, d’ici un mois et demi, de travaux sur treize sites supplémentaires. Ces chantiers visent à stabiliser les têtes d’érosion, à canaliser les eaux et à restaurer les zones dégradées. Une course contre la montre qui engage des millions de dollars et l’espoir de milliers d’habitants.

En attendant, les bénéficiaires de Dikongay ne boudent pas leur plaisir. « Aujourd’hui, même nos enfants peuvent jouer sans peur », confie une mère de famille, les yeux humides. Le relogement, pour elle, c’est la promesse d’un avenir où l’on ne craint plus que la pluie ne devienne un cauchemar. Ce soulagement individuel dessine un récit collectif fort : celui d’une résilience qui s’arrache lentement à la boue.

Alors, le PURUK est‑il vraiment la solution miracle contre les érosions à Kananga ? L’indemnisation répare des vies, mais ne panse qu’une partie des blessures. Il faudra une prise de conscience durable et des politiques urbaines cohérentes pour qu’aucun autre quartier ne serve de proie aux ravines. Car derrière chaque érosion, il y a des visages, des histoires, et le droit impérieux de vivre en sécurité. À Dikongay, la joie est là, fragile mais réelle. Et c’est déjà une victoire sur l’oubli.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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