Chaque année, la République démocratique du Congo perd l’équivalent de centaines de milliers de terrains de football de forêt. Le poumon vert de l’Afrique centrale s’essouffle, asphyxié par une déforestation galopante. Dans la province du Kwango, cette hémorragie écologique s’accélère, rongeant les terres et menaçant l’équilibre climatique régional. Mais une réponse audacieuse vient d’être dévoilée : le Projet agroforestier Kwango‑Nioki (PAKN).
Présenté ce mardi 12 mai à Kinshasa, ce programme quinquennal cible plus de 4 000 paysans dans les provinces du Kwango et du Maï‑Ndombe. Sous le thème « Produire plus tout en protégeant la forêt », il promet de concilier l’impossible : augmenter la production agricole tout en restaurant les écosystèmes. Une équation que beaucoup jugent insoluble, mais que les promoteurs entendent résoudre par l’agroforesterie.
Concrètement, le PAKN ambitionne de planter 8 000 hectares de forêts à vocation productive, en mariant astucieusement les acacias – des arbres à croissance rapide fixant l’azote – et les cultures vivrières. Deux sites pilotes accueilleront ces plantations : le secteur de Bukalonzo dans le Kwango et celui de Mfimi dans le Maï‑Ndombe. Cette approche, loin d’être une simple plantation d’arbres, crée un cercle vertueux : les racines empêchent l’érosion des sols, les feuilles fournissent un engrais naturel, et le bois offre une source d’énergie durable aux ménages ruraux, réduisant ainsi la pression sur les forêts naturelles.
Mais comment ce projet peut-il réellement freiner la déforestation du Kwango ? La logique est implacable : en offrant aux paysans une alternative économique viable – du bois de chauffe, du charbon écologique, des revenus issus de la vente de produits forestiers non ligneux –, on tarit l’une des principales raisons de la coupe sauvage. « L’agroforesterie constitue une réponse adaptée aux défis environnementaux et socio‑économiques », a souligné le représentant du Common Fund for Commodities. De son côté, l’Initiative pour la forêt d’Afrique centrale (CAFI) estime que ce programme démontre qu’il est possible de combiner développement rural durable et préservation de la biodiversité.
Le Projet agroforestier Kwango‑Nioki s’inscrit dans le cadre plus large du Programme des Paiements pour les Services Environnementaux du Bassin d’Approvisionnement de Kinshasa (PROBAK), une stratégie nationale visant à rémunérer les communautés qui protègent les forêts. C’est une reconnaissance que les forêts debout valent plus que des arbres abattus. Isaac Kalonda, représentant du ministère de l’Environnement, n’a pas mâché ses mots : « Le PAKN constitue une réponse ambitieuse en faveur d’une transition vers une économie rurale durable en RDC. »
Pourtant, les défis sont immenses. La pauvreté chronique, l’insécurité foncière, le manque de formation technique pourraient saper cette belle mécanique. Le succès du projet dépendra de l’implication réelle des communautés et de la transparence des filières. L’agroforesterie en RDC n’en est qu’à ses balbutiements, mais le potentiel est vertigineux : restaurer les terres dégradées, stocker du carbone, redonner espoir à toute une région.
Et si la forêt sauvée n’était pas un rêve inaccessible ? Le Kwango tient peut-être, avec ces 8 000 hectares, une bouffée d’oxygène inespérée. À condition que les promesses ne s’évaporent pas au premier coup de hache.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
