En quelques heures seulement, des pluies d’une violence inouïe ont transformé la paisible rivière Acodho en un monstre de boue et de débris. Résultat : le pont vital qui reliait Djegu, dans le territoire de Mahagi, à la ville ougandaise de Parombo s’est effondré, plongeant toute une région dans l’incertitude. Depuis, le trafic est suspendu, asphyxiant les échanges transfrontaliers et isolant des milliers d’habitants.
Ce drame, survenu après des fortes pluies en Ituri, illustre la précarité des infrastructures face au déchaînement du climat. Le pont effondré n’est pourtant que la partie émergée d’un iceberg de désolation. Plusieurs autres zones de la province paient un lourd tribut à ces intempéries meurtrières.
À Jupunvor, toujours dans le territoire de Mahagi, la nature n’a pas fait de quartier. Jeudi 7 mai, deux élèves tentaient de traverser une rivière en crue pour rejoindre leur école. Emportés par les eaux furieuses, l’un d’eux n’a pas survécu. Son corps sans vie a été retrouvé plus tard, tandis que son camarade, sauvé in extremis, lutte encore pour sa vie dans un centre de santé. Une famille brisée, une communauté sous le choc, un drame qui rappelle cruellement la vulnérabilité des enfants durant la saison des pluies.
Les dégâts intempéries Ituri ne s’arrêtent pas là. À Boga, dans le territoire d’Irumu, un vent violent accompagné d’une pluie diluvienne a arraché la toiture d’un bâtiment alors que des candidats passaient les épreuves hors session de l’examen d’État. Les finalistes, terrifiés, ont dû être délocalisés en urgence vers d’autres salles pour poursuivre leur examen. L’éducation, elle aussi, plie sous les assauts du ciel.
Plus au sud, dans la plaine du lac Albert, les eaux ont envahi Kasenyi. L’accès au centre hospitalier de la localité a été bloqué pendant vingt-quatre heures, empêchant les malades et les femmes enceintes de recevoir des soins. Une situation qui aurait pu basculer en tragédie sanitaire.
Face à cette succession de catastrophes, la coordination de la protection civile tire la sonnette d’alarme. Elle appelle parents et habitants à une vigilance extrême et exhorte les autorités à intervenir de toute urgence. Mais suffit-il d’appels à la prudence quand les ponts tombent, que les rivières tuent et que les hôpitaux deviennent inaccessibles ?
Les victimes inondations Ituri, qu’elles soient humaines ou matérielles, sont le symptôme d’un mal plus profond : le dérèglement climatique intensifie les précipitations dans la région des Grands Lacs, mais les infrastructures, elles, restent dramatiquement fragiles. Le pont de Djegu, axe commercial névralgique, n’est pas le premier à céder sous les pluies. Il n’est qu’un maillon d’une chaîne de vulnérabilité qui menace chaque année des vies et des économies locales.
Le trafic suspendu Djegu n’est pas qu’une gêne passagère. C’est le sang des échanges transfrontaliers qui se fige, privant des commerçants de leurs revenus, augmentant les prix des denrées de l’autre côté de la frontière et aggravant l’insécurité alimentaire dans une province déjà éprouvée par l’insécurité. Des voix s’élèvent pour demander la construction d’un ouvrage durable, capable de résister aux colères récurrentes de l’Acodho.
Alors que les nuages continuent de s’amonceler au-dessus de l’Ituri, une question brûle les lèvres : combien de ponts devront encore s’effondrer pour que la résilience devienne une priorité ? La nature, elle, ne négocie pas. Elle rappelle, à chaque saison des pluies, que l’inaction coûte bien plus cher que la prévention.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
