AccueilActualitéInternationalSix accords RDC-Ouganda : Tshisekedi redessine l'alliance des Grands Lacs

Six accords RDC-Ouganda : Tshisekedi redessine l’alliance des Grands Lacs

Ce lundi 11 mai, le président Félix Tshisekedi a entamé une visite de travail de quarante-huit heures à Kampala, marquant une nouvelle étape dans la coopération bilatérale RDC Ouganda. Au programme : la signature, aux côtés de son homologue Yoweri Museveni, de six protocoles d’accord couvrant le commerce, les infrastructures et la sécurité. Une démonstration de volonté commune tandis que, dans la région des Grands Lacs, l’axe Kinshasa-Kigali demeure miné par la résurgence de la rébellion du M23, que la RDC accuse le Rwanda de soutenir.

La visite de Tshisekedi en Ouganda intervient après une intense préparation diplomatique. Du 8 au 10 mai, Kampala avait accueilli la 9ᵉ session de la Commission permanente mixte, coprésidée par la ministre d’État congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, et son homologue ougandais Jeje Odongo. Quatorze ministres congolais et de hauts cadres de l’administration y ont peaufiné les textes, avec pour mot d’ordre de « dépasser la logique des accords symboliques », selon un communiqué officiel. Résultat : ces six protocoles d’accord de Kampala ambitionnent de produire des retombées concrètes sur les conditions de vie des populations des deux pays.

Parmi les secteurs ciblés, le volet commercial occupe une place de choix. L’Ouganda est déjà le premier partenaire économique de la RDC dans la sous-région, et les nouveaux instruments visent à fluidifier les échanges transfrontaliers, réduire les barrières tarifaires et favoriser les investissements croisés. Le corridor nord, qui relie le port de Mombasa à l’est congolais via l’Ouganda, devrait bénéficier de projets d’infrastructures routières et ferroviaires. À cela s’ajoute un protocole sécuritaire, destiné à encadrer la lutte conjointe contre les groupes armés qui sévissent aux confins des deux territoires, une préoccupation majeure pour la sécurité régionale Grands Lacs.

Cette coopération bilatérale RDC Ouganda ne se réduit pas à un simple front anti-Rwanda, même si le contraste est saisissant. Alors que les relations avec Kigali se détériorent — la RDC accuse le Rwanda de soutenir l’AFC/M23, et des rapports d’experts de l’ONU pointent des ingérences —, Kinshasa maintient avec Kampala un dialogue construit sur le pragmatisme. L’Ouganda lui-même n’est pas exempt de critiques : certains rapports du groupe d’experts des Nations Unies l’ont épinglé pour son rôle ambigu dans l’instabilité de l’est congolais, tandis que les déclarations du général Muhoozi Kainerugaba, fils de Museveni et chef d’état-major ougandais, ont plusieurs fois agité la politique interne congolaise. Pourtant, le gouvernement de Félix Tshisekedi a toujours privilégié la voie diplomatique, se contentant de convoquer le chargé d’affaires ougandais à Kinshasa par l’intermédiaire de Thérèse Kayikwamba Wagner. Une stratégie de désescalade calculée pour éviter un deuxième front dans la région après le bras de fer avec le Rwanda.

Mais peut-on réellement dissocier les affaires de la sécurité dans cet équilibre régional ? Les accords RDC Ouganda signés ce 11 mai montrent que les deux pays veulent ancrer leur partenariat dans une logique de co-développement plutôt que dans des alliances politiques volatiles. Les observateurs y voient une tentative de Kampala de consolider son influence économique tout en jouant le rôle de médiateur discret dans la crise des Grands Lacs. Pour Kinshasa, c’est l’occasion de diversifier ses appuis et de réduire sa dépendance vis-à-vis de partenaires traditionnels, à l’heure où la pression internationale sur le Rwanda s’intensifie sans résultats tangibles.

Reste la question de la mise en œuvre : les précédents accords signés entre la RDC et l’Ouganda, notamment sur la pêche ou l’énergie, ont souvent buté sur des lenteurs administratives. Les six protocoles d’accord de Kampala connaîtront-ils un sort plus dynamique ? La participation de ministres-clés — Économie, Infrastructures, Intérieur, Défense — et l’implication directe des deux chefs d’État laissent espérer un suivi politique inédit. Les citoyens de l’est congolais, éprouvés par trois décennies de conflits, attendent surtout des retombées concrètes : des routes praticables, des marchés frontaliers apaisés, une sécurité partagée.

À travers cette visite, Tshisekedi en Ouganda a donc non seulement signé des papiers, mais aussi redessiné la carte des alliances de la région des Grands Lacs. Si le chemin est encore long pour transformer ces protocoles en réalités tangibles, Kinshasa démontre qu’elle entend jouer une partition diplomatique complexe, où chaque partenaire compte. Et Kampala, longtemps taxée d’ambiguïté, se voit offrir l’opportunité d’écrire une nouvelle page de la coopération bilatérale RDC Ouganda, loin des seuls calculs militaires.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd

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