« J’ai senti le bac trembler, puis l’eau a commencé à monter… » Ce cri d’alerte, lancé par un passager encore sous le choc, résonne comme un glas à Banalia. Ce lundi 11 mai 2026, sur la rivière Aruwimi, le bac de l’Office des routes s’est partiellement englouti, semant la panique chez les usagers. Combien de temps encore fermera-t-on les yeux sur des infrastructures qui plient sous le poids de la négligence ?
L’incident bac Banalia n’a rien d’un accident isolé. Depuis des semaines, les habitués de cette traversée assistaient, impuissants, à la lente agonie de l’embarcation. Des témoignages concordants font état d’infiltrations chroniques. « À chaque voyage, on devait écoper avec des seaux, raconte un commerçant. L’eau passait par les fissures. On savait que ça finirait mal. » Ce jour-là, la fatalité a frappé plus vite que prévu, transformant la routine en naufrage partiel du bac sur l’Aruwimi.
Le bac Office des routes Tshopo constitue pourtant le cordon ombilical de tout un territoire. Sans lui, les villages de la rive gauche se retrouvent coupés du monde : plus d’approvisionnement en vivres, plus d’évacuation sanitaire, plus d’échanges commerciaux. Le trafic fluvial Banalia, artère vitale pour des milliers de Congolais, risque une paralysie totale si rien n’est fait dans l’urgence. Comment imaginer une population obligée de braver les eaux sur des pirogues instables pour survivre ?
Sur place, la colère gronde, teintée d’une angoisse sourde. « L’Office des routes savait, et personne n’a bougé le petit doigt », déplore un notable de la société civile, qui appelle les autorités provinciales et nationales à une mobilisation immédiate. Les regards se tournent vers Kinshasa, pendant que les heures s’égrainent et que l’outil de travail collectif gît, à demi submergé, comme un symbole de l’abandon étatique.
Cet accident de la rivière Aruwimi pose, une fois de plus, la question brûlante de la maintenance des infrastructures publiques en RDC. Pourquoi les signaux d’alarme ont-ils été ignorés ? A-t-on attendu un drame humain pour réagir ? Derrière l’image du bac éventré, c’est le quotidien de toute une région qui est menacé. Les paysans ne pourront plus acheminer leurs récoltes vers les marchés. Les élèves manqueront l’école. Les malades resteront cloîtrés chez eux, faute d’accès aux soins. L’isolement s’installera en maître, renforçant la précarité et l’exclusion.
Le témoignage d’une mère de famille illustre ce désarroi : « J’ai vu l’eau envahir le pont, mes enfants pleuraient. On a cru que c’était la fin. » Cette peur viscérale, partagée par tant d’usagers, devrait être un électrochoc pour les décideurs. Le naufrage partiel du bac sur l’Aruwimi n’est pas une simple avarie technique ; c’est l’échec cuisant d’un système qui laisse pourrir ses propres entrailles.
Au-delà de l’urgence immédiate – remettre en état ou remplacer l’embarcation –, c’est une réflexion de fond qui s’impose. La gouvernance des transports fluviaux en RDC doit cesser d’être une variable d’ajustement budgétaire. Les bacs, souvent vétustes, méritent des contrôles réguliers et une maintenance rigoureuse. Les populations, elles, méritent mieux que des prières murmurées à chaque traversée.
Aujourd’hui à Banalia, les habitants retiennent leur souffle. Le bac gisait encore, lundi soir, à moitié dans l’eau, tel un cétacé échoué. La rivière Aruwimi, indifférente, continuait son cours paisible, pendant que sur la berge, les esprits s’échauffent. Combien de vies faudra-t-il encore mettre en balance avant que l’État ne prenne ses responsabilités ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
