AccueilActualitéInternationalBlocage des médecins congolais au Kenya : l'EAC oublie-t-elle ses membres ?

Blocage des médecins congolais au Kenya : l’EAC oublie-t-elle ses membres ?

Au cœur de Nairobi, une trentaine de médecins congolais vivent depuis près de cinq mois dans un silence administratif assourdissant. Privés du renouvellement de leur licence de travail par le ministère kényan de la Santé, ces professionnels de santé, pourtant qualifiés et expérimentés, se retrouvent brutalement écartés du système médical. Le paradoxe est d’autant plus criant que la mesure, annoncée en janvier 2026, devait épargner les praticiens originaires de la Communauté des États de l’Afrique de l’Est (EAC), dont la République démocratique du Congo est membre à part entière depuis 2022.

Le Dr Georges Maloba, porte-parole de ce collectif de médecins congolais, a exprimé sa perplexité le 9 mai dernier sur les ondes de Radio Okapi. « En date du 7 janvier 2026, le ministre de la Santé du Kenya avait déclaré que seuls les médecins étrangers venant des pays de l’EAC pourraient conserver leur licence de travail. Or, aujourd’hui, nous Congolais subissons un blocage injustifié. Quelle est la véritable place de la RDC dans cette communauté ? » s’est-il interrogé, résumant le sentiment d’abandon qui gagne ces expatriés.

Ce blocage, qui touche des praticiens installés parfois depuis plus d’une décennie au Kenya, ne se limite pas à un simple tracas bureaucratique. Sans licence de travail valide, ces médecins congolais sont interdits d’exercer, privant le pays hôte de compétences médicales précieuses, et plongeant leurs familles dans une précarité socio-professionnelle aiguë. Les loyers impayés, les soins médicaux pour leurs propres enfants compromis, la menace d’une expulsion : le quotidien bascule dans l’angoisse. Nombre d’entre eux, diplômés de facultés congolaises ou étrangères, ont pourtant contribué à renforcer un système de santé kényan déjà sous tension.

Comment expliquer alors ce décalage ? L’EAC, qui garantit la libre circulation des travailleurs, est-elle un mirage ? La décision du gouvernement kényan semble s’être appliquée de manière uniforme à tous les diplômés étrangers, sans distinguer les nationalités. Une erreur administrative ? Une omission délibérée ? Faute de réaction officielle de l’ambassade de RDC à Nairobi, sollicitée sans succès, les supputations vont bon train. « Nous avons tenté de contacter notre représentation diplomatique, mais jusqu’ici, aucun retour concret », déplorent plusieurs médecins sous couvert d’anonymat. « L’intervention diplomatique de notre pays est urgente. Nous ne demandons qu’à travailler. »

Au-delà du drame humain, cette affaire révèle les fragilités de l’intégration régionale. L’adhésion de la RDC à l’EAC avait suscité d’immenses espoirs économiques et sociaux. Pourtant, la réalité montre que les institutions communautaires peinent à protéger les droits des citoyens. Un expert en géopolitique régionale, joint par l’agence, analyse : « Si les textes existent, leur application dépend de la volonté politique des États. Dans ce cas, Kinshasa pourrait hausser le ton lors du prochain sommet de l’EAC, mais cela prendra du temps. »

Pour les médecins congolais, le temps est justement l’ennemi. Chaque jour sans licence de travail les éloigne un peu plus de leurs postes dans des hôpitaux ruraux, des cliniques privées ou des programmes de santé publique. Certains envisagent déjà de rentrer au pays, un retour douloureux après des années d’intégration. D’autres espèrent encore une intervention diplomatique rapide des autorités congolaises, capable de débloquer la situation avant que leurs permis de séjour ne soient menacés. En attendant, ils multiplient les courriers aux ministères kényans, les pétitions en ligne et les appels aux organisations de défense des droits de l’homme.

Ce bras de fer silencieux entre Nairobi et Kinshasa illustre combien la solidarité est-africaine reste à consolider. Alors que les discours officiels célèbrent l’unité, des vies concrètes basculent. La résolution de cette crise – ou son enlisement – pourrait bien servir de test grandeur nature pour la crédibilité de l’EAC. Pour l’heure, les blouses blanches des médecins congolais restent suspendues, symboles d’un blocage qui dépasse la simple question administrative.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net

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