Une trentaine de médecins congolais installés au Kenya vivent depuis près de cinq mois dans une insécurité professionnelle inédite. Privés du renouvellement de leur licence de travail par le ministère kényan de la Santé, ces praticiens se retrouvent dans une situation paradoxale : alors que la mesure annoncée en janvier 2026 devait exclusivement frapper les étrangers issus de pays extérieurs à la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), la République démocratique du Congo, pourtant membre à part entière, est traitée comme un État tiers. Ce blocage des médecins RDC met en lumière une faille dans l’intégration régionale et relance le débat sur la crédibilité de l’appartenance congolaise à l’organisation.
Selon le Dr Georges Maloba, porte-parole du collectif, tout a basculé le 7 janvier 2026. Ce jour-là, les autorités sanitaires kényanes ont informé les médecins étrangers que leurs licences professionnelles ne seraient pas renouvelées pour l’année, mais en précisant que les ressortissants des pays de l’EAC seraient exemptés. «Nous faisons pourtant partie de cette communauté, s’est interrogé le Dr Maloba sur les ondes de Radio Okapi. Curieusement, à ce jour, des médecins congolais se retrouvent sans travail sur le sol kényan, confrontés à un blocage prolongé. Quelle est la position de la RDC au sein de la Communauté des États d’Afrique de l’Est ?»
Cette situation révèle un contraste frappant entre les textes et la réalité. Depuis son adhésion en mars 2022, la RDC a multiplié les déclarations en faveur d’une intégration économique et humaine renforcée au sein de l’EAC. La libre circulation des professionnels, notamment dans le secteur médical, devait être l’un des bénéfices concrets de ce rapprochement. Pourtant, sur le terrain, les médecins congolais Kenya voient leur licence de travail Kenya suspendue sans explication officielle, tandis que leurs collègues tanzaniens, ougandais ou rwandais ne semblent pas subir le même sort.
Comment expliquer une telle contradiction ? Plusieurs hypothèses circulent. Une interprétation administrative restrictive pourrait assimiler les praticiens congolais à des ressortissants hors EAC en raison d’un retard dans l’harmonisation des diplômes ou d’une méconnaissance des nouvelles dispositions. Mais l’absence de communication claire de la part des autorités kényanes alimente les soupçons de discrimination sélective. Cette opacité est d’autant plus préoccupante que les médecins concernés, exerçant pour la plupart depuis des années dans des hôpitaux kényans, se retrouvent du jour au lendemain sans revenus et menacés d’expulsion pour défaut de titre de séjour régulier lié à leur activité.
Face à l’urgence, le collectif appelle à une médiation diplomatique de haut niveau. Les praticiens demandent à la diplomatie congolaise Kenya d’obtenir des clarifications immédiates et de peser de tout son poids pour que l’appartenance à l’EAC RDC ne soit pas un simple slogan. Radio Okapi a tenté, sans succès, de joindre le chargé d’affaires de l’ambassade de la RDC à Nairobi, un silence qui ne fait qu’accroître l’anxiété des médecins bloqués.
Au-delà du drame humain, cette affaire pourrait avoir des répercussions durables sur les relations bilatérales entre Kinshasa et Nairobi. Elle interroge également la volonté des États membres de l’EAC d’harmoniser véritablement leurs politiques migratoires professionnelles. Si un pays fondateur comme le Kenya peut, par une simple note administrative, priver de leurs droits des ressortissants d’un État partenaire, c’est tout l’idéal communautaire qui est ébranlé. Pour l’heure, les médecins congolais retiennent leur souffle, espérant que les prochains jours apporteront une résolution diplomatique à ce qui ressemble de plus en plus à un déni d’appartenance régionale.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
